‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 119 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ministres de notre église doivent être tenus de prêcher et d'enseigner conformément à l'Evangile, selon Vanliquc croyance de notre église, telle qu'elle est exprimée dans la confession de foi helvétique. Nous vous prions donc, messieurs, de vous borner à régler les rapports de l'état avec l'église, et de ne pas toucher à la doctrine de cette église, car nous estimons que vous n'en avez nullement le droit tant que l'article 9 de la constitution existe. Nous l'avons accepté cet article, et avec connaissance de cause; nous entendions que la confession de foi qui exprime cette doctrine était comprise dans la garantie d'intégrité accordée à l'église, et l'assemblée constituante l'entendait comme nous ; c'est ce qu'affirment encore aujourd'hui plusieurs des citoyens qui en ont fait partie. Vous êtes chargés de faire des lois, et non de nous donner une religion nouvelle. Vous êtes les députés de l'état et non de l'église.

Et permettez-nous de vous dire, messieurs, que si vous avez remplacé les Deux-cents de Berne, c'est pour nous gouverner selon la constitution que vous avez jurée, et en ayant égard au vœu du peuple qui l'a sanctionnée. Il y a un an que nous vous demandions les mêmes choses qu'aujourd'hui, douze mille d'entre nous avaient signé. On les a méprisés au sein du grand conseil, comme il y a dix ans. Ou a osé dire qu'ils s'étaient laissé mener, que nous n'étions pas mûrs pour la liberté.

Nous vous prions de croire, messieurs, que nous savons fort bien ce que nous voulons, et que nous ne sommes point séduits par les flatteries de ceux qui voudraient nous garrotter sous prétexte de nous rendre plus libres.

Oui, nous sommes mûrs pour la liberté, mais non pour la licence. Nous sommes mûrs pour la foi, mais non pour l'incrédulité.

Puisse le Dieu de nos pères présider à vos délibérations f Puisse l'esprit de Jésus-Christ vous diriger dans les voies de la sagesse et de la prudence !

Agréez, monsieur le président et messieurs, l'assurance de notre attachement à la constitution du canton de Vaud, et l'expression de notre considération.

Autre pétition.

Messieurs,

Permettez aux signataires de la présente requête de vous témoigner la douloureuse surprise qu'ils ont éprouvée en apprenant que, le 28 novembre dernier, le serment imposé aux ministres, lors de leur consécration, et conservé dans le projet de loi ecclésiastique du conseil d'état

avait été supprimé par le grand conseil dans un premier débat. Par ce changement, ne se mettrait-on pas, messieurs, en contradiction formelle avec notre pacte constitutionnel? L'article IX garantit l'église nationale évangélique réformée dans son intégrité. Or cette intégrité que deviendra-t-elle avec le changement projeté? Où tendrons-nous, citoyens représentants, et où aboutirons-nous, sans drapeau , sans aucun point de ralliement? Oui, que deviendra la religion de nos pères, si la Bible est livrée à tous les caprices de l'esprit humain? Quelle tranquillité pourront avoir les pères quand ils ne pourront plus savoir ce qu'on enseigne à leurs enfants? Non, ce n'est pas là ce qu'ont entendu les quelques mille pétitionnaires de 1831, et les douze mille de cette année. Ce ne peut être là le sens de l'article IX de notre constitution. Non, messieurs, vous n'arracherez pas à cette même église, qui porte le titre d'évangélique réformée, le document qui la rattache aux réformateurs ; vous n'ouvrirez pas la porte aux sectes et au fanatisme ; vous ne plongerez pas les familles, les communes, la patrie entière dans le gouffre des disputes de religion.

Les Vaudois ne se verront pas enlever leur foi religieuse. Nous espérons de votre sagesse et de votre patriotisme, nous attendons de votre respect pour les vœux de vos concitoyens et pour la constitution, que vous statuerez que les ministres continueront de s'engager, par serment, à ne rien enseigner qui soit contraire à la croyance des églises protestantes de la Suisse, telle qu'elle est exprimée par la confession de foi helvétique, ainsi que cela s'est fait jusqu'à présent.

Agréez, etc.

Parmi les adresses envoyées au grand conseil pour l'engager à revenir sur son vote relatif à la confession de foi helvétique, il faut mentionner d'une façon toute spéciale une lettre de M. le professeur Vinet. Elle est trop importante pour que nous ne la donnions pas ici in-extenso :

Messieurs,

La constitution vous appelle à régler les rapports de l'état avec l'église, et vous préparez dans ce moment la loi qui doit les régler. Permettez à un citoyen de vous exprimer le sentiment que vos premiers

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