‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 121 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

étions pas convaincu, pourquoi nous adresserions-nous à vous? Nous ne vous dirons donc jamais: Préférez à vous-mêmes le pays et la vérité ; mais n'oserons-nous pas vous dire: Daignez approfondir l'examen d'une question que vous avez déjà résolue, mais non d'une manière irrévocable. Retirez, retirez, après une seconde et plus complète discussion, une décision que condamneraient un jour vos regrets ; renoncez au pouvoir spirituel.

Le soussigné vous supplie respectueusement, très honorés messieurs: Ou de convoquer le peuple pour qu'il se prononce par lui-même ou

par des délégués sur la règle d'enseignement de ses pasteurs ; Ou de maintenir cette règle d'enseignement, savoir : la confession de

foi helvétique.

Que si vous persistez, messieurs, à supprimer cette règle d'enseignement, et par là même à octroyer aux pasteurs de notre église une liberté qu'ils ne devraient pas tenir de vous, et que peut-être ils ne doivent tenir de personne ; alors, que cette liberté ne soit pas illusoire; qu'elle ne devienne pas un leurre et un piège, et qu'après avoir été déchargés du joug d'une confession écrite, ils ne se voient pas imposer le joug d'une confession vivante, essentiellement changeante et éventuelle. Que la commission de consécration, se contentant de leur serment, ne dresse point d'enquête sur leurs principes religieux, et que, sous le même rapport, aucun jury ne juge leur prédication.

Agréez, etc.

Lausanne, le 5 décembre 1839.

Dans la séance même où fut communiquée au grand conseil la lettre qu'on vient de lire (5 décembre), la discussion porta sur le chapitre XII du projet, relatif à la discipline. La commission du grand conseil proposait d'ajouter à ce chapitre une section sur le mode de procéder dans le cas d'une accusation relative à la doctrine. Elle instituait un jury de discipline, ou de doctrine, qui devait prononcer souverainement sur l'accusation. M. le professeur Monnard s'opposa à ce mode de procéder. Dès qu'on prenait la Bible pour base, il fallait vouloir L'entière liberté d'interprétation ; dès que la règle qui fixait le sens de l'interprétation avait été abolie, il ne fallait que la remplacer par des hommes. L'orateur demandait donc que tout ce qui

avait rapport à un jury et à des condamnations pour des doctrines fût rayé de la loi, parce qu'en matière de doctrine on peut prouver blanc, noir et gris trois jours de suite.

Au jugement de M. Druey, avec la confession de foi, aussi bien qu'avec la Bible, il y aurait toujours des accusations et ce serait en dernier ressort toujours une majorité qui déciderait.

M. Jaquet, président du conseil d'état, ne voyait pas, dans ce qu'on proposait, un système de liberté réelle et donnant des garanties. Le conseil d'état ne devait point avoir de délégués à nommer dans cette affaire. Aux yeux de M. Gindroz, la conscience d'un pasteur valait celle d'un juré et un gouvernement libre ne pouvait soumettre la conscience d'un pasteur à celle d'un jury.

Le rouage que la commission songeait à introduire sous le nom de jury de doctrine, était, on le voit, un rouage tout nouveau, et qui devait donner lieu à des discussions prolongées dans le sein du grand conseil. Une fois adopté et consacré par la loi, il devint une pierre d'achoppement pour un grand nombre de membres du clergé. Plusieurs même préférèrent déposer leur charge, abandonner le service de l'église nationale, plutôt que de faire partie d'un pareil tribunal.

C'est au milieu des complications amenées par la discussion du mode imaginé par la commission d'examen que s'ouvrit, le 10 décembre, le second débat sur le projet de loi ecclésiastique. Ce jour là, il fut donné lecture d'un grand nombre de pétitions pour ou contre la confession de foi. Nous reproduisons ici les plus importantes ou les plus caractéristiques.

Quoique les soussignés voient, non sans douleur ni sans crainte de l'avenir, que dans le conflit occasionné par l'examen de la question ecclésiastique, cette question soit tombée entre les mains des opinions

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