CHAPITRE IV. 2G
croyons même cette mesure contraire à la constitution, laquelle garantit l'église nationale dans son intégrité. Telles sont, messieurs, les réclamations que nous osons vous présenter avec confiance, parce que nous savons que vous vous considérez comme les organes et les dépositaires de la volonté du peuple. — Cependant, messieurs, avant de terminer, nous avons besoin de vous dire encore que nous n'avons pas lu sans surprise les discours où Ton accusait la confession de foi d'avoir fait les méthodistes et les mômiers ; il serait en effet bien extraordinaire qu'elle n'en ait fait que depuis quelques années, tandis qu'elle aurait dû en faire depuis plus de deux cents ans qu'elle existe, et qu'elle sert de règle d'enseignement aux églises de notre chère patrie.
Messieurs, il n'est pas ici question de méthodisme; nous sommes sincèrement attachés à la religion de nos pères, nous désirons qu'elle nous sanctifie et nous console, comme elle a sanctifié et consolé nos pères, nous la voulons pour nous et pour nos enfants, et nous n'adopterons pas légèrement des institutions qui tendraient à nous ravir un dépôt si précieux.
Ces pétitions, comme on le voit, exprimaient les regrets et les vœux des partisans de la confession de foi. D'autres, venues par exemple d'Orbe, de Perroy, d'Agiez, demandaient le main tien du vote du grand conseil en premier débat. Les signataires de la pétition d'Orbe, partant du principe qu'une église peut exister sans confession de foi, prétendaient que la croyance de l'église nationale vaudoise n'aurait, en particulier, rien à souf frir du rejet de la confession helvétique. D'Agiez, le fameux pasteur et doyen Elie Rochat envoyait deux pétitions couvertes de cent quatre-vingt-treize signatures et protestant en ces termes contre la confession : « Il est bien temps que ce drapeau des mômiers disparaisse de dessus l'église évangélique ! »
Après la lecture de ces pétitions, les articles 12 et 13 (le serment des ministres) furent repris en second débat. M. le professeur Pidou prit une grande part à la discussion. Il dit qu'en général les confessions de foi lui semblaient être assez dans l'esprit
du protestantisme ; elles sont utiles à des églises unies à l'état pour leur garantie réciproque. En garantissant à une église son intégrité, on lui garantit avant tout sa doctrine. Au jugement de l'honorable professeur, il y avait impossibilité morale à mettre de côté la confession de foi. On n'avait pas dit qu'elle ne fût une exposition exacte et fidèle des doctrines bibliques. Mais un seul reproche résumait tous les autres : La confession est le drapeau du méthodisme ! Parler ainsi, c'était adopter une tactique d'une profonde habileté, c'était dire : « Choisissez entre l'église nationale et le méthodisme ! » Mais, disait à son tour M. Pidou, il serait difficile de définir ce qu'est maintenant le méthodisme chez nous. Est-ce dans les doctrines que se trouve l'objet principal de la haine d'une partie de la population contre le méthodisme? Jadis on prêchait davantage la morale, aujourd'hui on prêche davantage le dogme. Mais les dogmes contre lesquels on s'est élevé, ont toujours été connus autrefois par la liturgie, ils ne sont pas nouveaux. Il y a eu autre chose, un changement dans les mœurs de la population ; il y a eu ce qu'on a appelé le réveil religieux. « Ce sont des mômiers, » a-t-on dit. Des pasteurs ont fait des distinctions tranchées entre élus et réprouvés, mômiers ! Les sociétés religieuses, les sociétés de missions, les oratoires, une des choses qui ont le plus irrité, mômeries ! Dans tout cela, qu'a à faire la confession helvétique? On n'aura rien gagné en la retranchant ; la confession de foi n'a pas produit le méthodisme. Les anciens pasteurs n'ont pas caressé, favorisé le méthodisme ; ils avaient cependant prêté serment à la confession de foi helvétique. 11 se pourrait que la suppression de cette dernière donnât aux méthodistes une vie nouvelle. La haine du méthodisme n'exige pas que Ton vote contre la confession.
M. le conseiller d'état De la Harpe prononça un long discours où il reproduisit tous ses anciens arguments contre la confes- ; sion de foi dont il se déclara de nouveau l'adversaire très pro-