‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 127 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

noncé. Il avait la conviction, disait-il, que la religion serait éuprée par la suppression de ce formulaire.

Le général Guigner maintenait l'opinion qu'il avait émise dans le premier débat en faveur de la confession, parce qu'à ses yeux le rejet de cette dernière amènerait de la désunion dans le clergé : Vous aurez pour résultat la chute de l'église nationale comme église d'état!

M. Demiéville résumait son long discours en affirmant que c'était calomnier le grand conseil que de lui prêter l'intention d'introduire l'anarchie dans l'église. M. Rivier, enfin, insistait sur l'incompétence constitutionnelle du grand conseil en cette matière.

Malgré les énergiques efforts des partisans de la confession de foi, celle-ci devait succomber dans le second comme dans le premier débat, tant c'était un parti pris chez la majorité de se débarrasser de cet antique et vénérable symbole. Les futurs candidats au ministère pastoral dans l'église nationale souscriraient dorénavant la formule suivante :

« Je jure de remplir, en mon âme et conscience, les devoirs qu'impose la qualité de ministre de l'église nationale évangélique réformée (le projet du conseil d'état disait : ministre du saint Evangile), et de prêcher la parole de Dieu dam sa pureté et dans sou intégrité, telle qu'elle est contenue dans l'Ecriture sainte. » (Le projet disait: de ne rien enseigner qui soit contraire à la croyance des églises protestantes de la Suisse, laquelle est exprimée dans la confession helvétique.) Cette rédaction, proposée par la commission, fut adoptée à la majorité de 81 voix contre 45. En votant ainsi, cette majorité n'écoutait ni la voix des pasteurs et des ministres, ni les réclamations des membres de l'église. Elle se mettait au-dessus des doctrines politiques de l'étal, en ne faisant aucune attention à l'article 0 de la constitution et en refusant d'en appeler au peuple pour sanctionner un changement qui ne pouvait se faire sans lui.

C'est au milieu du mouvement causé par l'arrivée des pétitions, et avant même que celles-ci fussent toutes parvenues sur le bureau du grand conseil, qu'eut lieu, le 14 décembre, la discussion sur l'ensemble du projet de loi ecclésiastique.

Parmi les députés qui prirent la parole pour justifier leur vote, les uns, comme MM. de Constant, Alexis Foret, général Guigner, Rivier, rejetèrent le projet, mais pour des motifs assez différents. Le premier de ces orateurs, par exemple, estimait que le projet favorisait le méthodisme. D'autres, comme MM. Simonin, De la Rottaz, Druey, Gindroz, l'adoptèrent, mais pour des motifs également très divers. M. Simonin redoutait les troubles qui lui paraissaient commencer dans le pays. M. Druey, bien que non satisfait du projet qui resserrait les liens entre l'église et l'état au delà peut-être de ce que voulait la constitution, l'adoptait, parce que, disait-il, « nous vivons dans une époque éclectique et que le projet est aussi éclectique. » « L'église unie à l'état étant donnée, il est inévitable que l'état se mêle de la doctrine. Mais les confessionistes prêcheront d'après la confession ; les autres seront libres à cet égard ; il y aura liberté pour tous. »

M. Gindroz termina cette discussion par un discours tout empreint d'une grave tristesse. Cet homme si respectable à tous égards, ce chrétien si sincère et si droit, vota la loi, mais avec des réserves expresses sur les points suivants : 1° A l'égard de la suppression de la confession de foi comme règle d'enseignement et symbole de doctrine. L'église, dit M. Gindroz, ne satisfera pas à tous les besoins religieux. La loi altère le caractère fondamental de la foi. 2° A l'égard de l'institution d'un tribunal pour juger les erreurs de doctrine dans une église qui n'a point de doctrine officiellement formulée. Toutefois M. Gindroz

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