CHAPITRE IV
lités de l'avenir? Ce journal prétendait que, « malgré l'imperfection de la loi, c'était celle qui répondait le mieux à la constitution, au caractère de l'époque et au vœu du peuple. » Il allait jusqu'à aflirmer, contre toute vérité, que « le plus grand nombre des pasteurs était satisfait; » ce qui ne l'empêchait pourtant pas de prévoir que les doctrines de la confession helvétique, ou du méthodisme comme il disait, se prêcheraient plus fort que jamais dans les temples. Mais l'organe de M. Druey et de son parti se consolait à l'idée que la réaction serait plus forte encore dans les esprits et, ajoutait-il assez vulgairement, c'est tout ce qu'il eu faut 1 !
Tout le monde ne prenait pas la chose aussi gaiement. Le Semeur, cet écho parisien des libéraux vaudois, consacrait un article sévère à ce qu'il appelait une révolution ecclésiastique.
« A Lausanne, disait-il, le grand conseil a été révolutionnaire. ....C'est le gardien de la constitution qui a violé la constitution en abolissant le privilège d'une théologie qui était constitutionnelle.... On a ouvert au rationalisme la porte des temples et les marches des chaires, sous la forme de la liberté des doctrines.
» A Lausanne, on n'a pas offert aux défenseurs de la confession de foi la réalité de la liberté.... ce n'est pas la liberté qu'on a instituée, mais la capricieuse tyrannie de la majorité.
» Le système en vertu duquel les pasteurs, avant d'être admis à l'exercice de la prédication, seront examinés sur leurs principes religieux par une commission ad hoc, et pourront, sur une accusation du gouvernement civil, se voir traduits, pour (ait de doctrine, devant un prétendu jury qui les jugera d'après ses opinions personnelles, est déloyal et anar chique.
» Mais cette église aura une liturgie et un catéchisme obli-
NouveUiste vaudois, N° 101, 20 décembre 1839. {La\ nouvelle loi ecclésiastique.)
gatoires : c'est avoir fait bien du chemin pour revenir au point d'où l'on était parti, à la règle d'enseignement.... Comme l'ont prouvé les pétitions, cette loi n'exprime point le vœu du peuple.... On ne pourra être de la commission de consécration qu'avec des réserves expresses, et des citoyens consciencieux ne pourront faire partie du jury.
» Cette œuvre est déplorable.... Aucun parti n'était, ni ne pouvait être dans le vrai.... Le fond du vrai, c'est qu'il y avait dans cette église du canton de Vaud deux églises, Tune attachée à l'ancienne foi, l'autre éprise des nouveaux dogmes.... Chacun se croyait en majorité.
» Cette révolution n'est pas seulement une révolution ecclésiastique ; c'est une crise religieuse. Elle a donné à deux églises la conscience d'elles-mêmes. Elle a rédigé deux symboles. Elle a cru tout terminer, elle a tout commencé... De nouvelles luttes se préparent. Mais tout cela peut devenir un réveil dans le réveil.
» Grâce aux adversaires du réveil, il a été démontré que le méthodisme n'est pas un fantôme ; qu'il a au moins trois cents ans de date ; qu'il est la réforme elle-même.
» Ce prétendu méthodisme dans le canton de Vaud n'est que le christianisme tâchant d'être conséquent.... Voilà sa gloire et son crime,... sa force dans le pays.
» Ces débats, quoique affligeants par moments et dans leur principe même, ont été utiles1. »
1 Le Semeur, N° 2, 8 janvier 1840. — Cet article de Vinet a été réimprimé dans le volume : Liberté religieuse et questions ecclésiastiques, 1854.