CHAPITRE V La loi du 14 décembre. Critiques et protestations
L'agitation continue. — M. L. Burnier et son Exposé de la loi ecclésiastique. — Seconde brochure de M. Burnier : De la loi ecclésiastique sous le point de vue constitutionnel. — Petite histoire colportée parle Xouvelliste vaudois. — Béponses de MM. Vinet et Burnier. — Position prise par les classes. — Motion du colloque d'Aigle. — Discours et motion de M. Vinet. — Discussions dans les classes de Morges et Payerne. — La classe de Lausanne et la motion de M. Vinet. — Les brochures du pasteur F. Vulliet : A mes paroissiens ; Première adresse aux vingt mille de 1859. — Embarras du clergé national. — Nouvelle brochure de M. L. Burnier : De la loi ecclésiastique sous le point de vue religieux. — Opinions divergentes parmi les pasteurs. — L'écrit de M. Bauty : Quelques mots sur la loi ecclésiastique. — Seconde partie de la brochure de M. Burnier. — Diverses protestations contre la loi ecclésiastique. — Démission de M. Cli.F. Recordon. — Les classes se réunissent pour se constituer selon la nouvelle loi. — Proposition du professeur Chappuis. — M. Vinèt donne sa démission de membre de classe. — Réponse du conseil d'état aux protestations. — Pétition relative à la vente des cures et fonds de cures. — Nouvelles pétitions relatives à la loi ecclésiastique. — Le grand conseil. — Protestation de cent quatre-vingt-douze citoyens. — Dispositions favorables du conseil d'état.
La loi ecclésiastique du 14 décembre 1839 n'était exécutoire qu'à partir du 1CI janvier 1841 l. Le clergé de l'église nationale avait donc devant lui toute une année pour étudier cette loi et pour se rendre compte du régime sous lequel il serait désormais placé par elle. 11 avait tout ce temps aussi pour faire entendre ses critiques et ses protestations; pour essayer même de faire rapporter la loi avant qu'elle fût mise à exécution. Et, en effet, l'agitation qui avait accompagné la préparation de la loi de 39, ne cesse point après la promulgation de cette loi. Elle se continue, elle se prolonge même bien au delà du terme que l'on
1 Loi ecclésiastique du 1i décembre 1859, art. 190.
aurait pu prévoir. Ce De sont pas seulement des pasteurs et des ministres qui élèvent la voix ; ce sont aussi de simples citoyens, des laïques, et plus d'une fois encore la représentation nationale aura à s'occuper de la loi pour la défendre et la maintenir.
Le premier de ceux qui montèrent à l'assaut de la nouvelle loi fut, avons-nous besoin de le dire, M. le pasteur L. Burnier. C'était naturel î Nul, en effet, ne devait, plus que lui, se sentir atteint dans ses convictions les plus profondes, les plus ardentes sur l'organisation ecclésiastique, par une loi qui n'avait pas conservé vestige du projet de la majorité, qui l'avait réduit en poussière. Aussi, dès le 5 mars 4840, M. Burnier lance-t-il dans le public une première brochure intitulée: Exposé de la loi ecclésiastique du canton de Vaud, ou gouvernement de l'église d'après les principales dispositions de cette loi1. Une analyse sommaire de cette brochure .fera, mieux que nos propres réflexions, pénétrer le lecteur dans la nature, l'esprit et les vices de la loi de 39.
Pour M. Burnier, la loi est, non pas mal faite, mais mauvaise, et c'est ce que les trois hommes qui ont le plus contribué à la faire adopter, MM. Muret-Tallichet, Druey etGindroz, ont implicitement reconnu en la déclarant transitoire.
La loi est un long malentendu. Il n'y est pas même fait mention de l'église, dont l'administration est tout entière aux mains de l'état.
Dans l'article 175% le grand conseil s'arroge l'autorité souveraine en matière spirituelle et de dogme. Enormité î II est désormais le chef suprême de la religion dans le canton de Vaud.
La loi donne au conseil d'état, en matière religieuse, le pouvoir le plus étendu et le plus complet qui se puisse.
1 Lausanne, Ducloux. 29 pages.
* « Les changements qu'il serait jugé nécessaire d'apporter aux livres employés pour le culte et l'enseignement public de la religion, ne peuvent s'effectuer qu'en vertu d'un décret de l'autorité législative. »