‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 133 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La loi, nous suivons toujours le raisonnement de M. Burnier, la loi repose toute sur ce principe que le magistrat a dans l'église la même autorité que dans l'état. Donc la loi consacre la confusion la plus complète du temporel et du spirituel, du civil et du religieux. En conséquence, on pourrait voir un jour l'état se fondre dans l'église, comme l'église est maintenant fondue dans l'état, et exiger des preuves qu'on est membre de l'église nationale pour être magistrat, conseiller, etc.

La loi ecclésiastique pourra rétablir l'inégalité politique dans notre pays. Elle a fécondé au sein de la nation des semences de division. La plupart des questions politiques seront dénaturées.... A l'avenir, toute question politique sera une question religieuse et vice-versa.

Les élections politiques seront faussées le plus sûrement et le plus vite... Pour toute révolution ou tout déplacement de personnes, on aura la question religieuse toujours pendante. .. Les agitations seront toujours renaissantes. « L'année 1839 n'est que le commencement de l'ère agitée où l'on a voulu que nous entrassions. j> Mais c'est que la politique est devenue chez nous une affaire de religion, par cela même qu'on a fait de la religion une affaire de politique, « La pensée, dit M. Burnier, s'effraie au souvenir de tous les maux dont ce triste amalgame a empoisonné le monde depuis des siècles. Notre chère patrie semblait devoir devancer la plupart des peuples dans une carrière à la fois plus noble et plus sûre. Un moment, il sembla qu'on était près de faire à la politique sa part et à la religion la sienne, en sorte qu'elles pussent vivre paisiblement l'une avec l'autre et s'aider librement l'une l'autre. Le génie du mal ne l'a pas voulu !... Ce n'est pas le chrétien seul qui a sujet de s'alarmer ; c'est aussi le citoyen et le philanthrope.... Tout ceci n'est que le commencement d'un drame qui peut avoir un fort triste dénouement. »

La brochure que nous venons d'analyser ne pouvait manquer d'exciter la colère du parti vainqueur si vivement combattu et si franchement démasqué. Aussi le Nouvelliste, pressé du désir d'atténuer l'effet que l'écrit de M. Burnier devait produire, se hâta-t-il de raconter une petite histoire destinée à inspirer des doutes, sinon sur l'honorabilité de M. Burnier et de ses amis, tout au moins sur la convenance de leurs procédés. La brochure en question aurait été portée au syndic d'une commune de la campagne avec l'invitation de la faire circuler « entre toutes les personnes signataires des pétitions en faveur du maintien de la confession de foi et de Yéglise nationale chrétienne. » Le Nouvelliste ajoutait, et c'est là ce qui constituait à ses yeux le corps du délit, qu'à l'exemplaire vu par ses rédacteurs était ajouté un petit papier, écrit à la plume, sans signature, et portant ces mots : « Brochure bien propre à faire connaître combien on avait raison de demander le maintien de la confession de foi, et combien le grand conseil a peu compris sa mission dans cette grave circonstance. Plusieurs personnes pensent que l'on sera forcé de demander de nouveau son rétablissement, ou la révision de la loi par l'église ellemême, qui peut seule juger de ses intérêts et de ses droits. La proposition vient déjà d'en être faite dans la classe de Lausanne qui a décidé de s'en occuper. Il serait bon que d'autres pétitions dans le même sens fussent faites au grand conseil l'automne prochain, par des membres de l'église nationale. Autrement sa dissolution ne peut manquer d'avoir lieu. » Le Nouvelliste signalait les gens qui écrivaient ou approuvaient de telles choses comme des agitateurs qui cherchaient à exciter des troubles, à irriter le peuple contré le grand conseil, qui s'efforçaient de donner à la Suisse une seconde représentation de

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