‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 134 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

la tragédie de Zurich, comme de mauvais citoyens, en un mot".

Cette attaque du journal de If. Druey provoqua deux réponses : l une de M. le professeur Vinet, insérée dans le Nouvelliste même; l'autre de M. le pasteur Buriner, sous forme de brochure. M. Vinet déclarait que la proposition qu'il avait faite en classe n'avait pas pour objet d'obtenir la révision de la loi ecclésiastique par l'église, ni même d'obtenir le rétablissement de la confession de foi. Il avait insisté auprès de la classe pour qu'elle demandât la suppression Aujuty de doctrine. M. Vinet protestait en outre contre l'épithèle de mauvais citoyens*. La réponse de M. Burnier se faisait remarquer, comme celle de M. Vinet, par un ton calme et noble et par une argumentation serrée \ L'auteur de l'attaque, M. de la Harpe, fils du conseiller de ce nom, n'en jugea pas ainsi, et, dans une lettre adressée au Nouvelliste, il déclara « qu'il serait aisé de suivre pas à pas l'honorable pasteur (M. Burnier) dans son apologie, et de démontrer qu'elle fourmillait d'erreurs. » Ni M. Vinet ni M. Burnier n'avaient, au dire de II. de la Harpe, répondu à son article. Il estimait fausse de tout point l'assertion de II. Burnier, que la constitution avait été violée dans sa lettre et dans son esprit par le retrait de la confession de foi. Pour M. de la Harpe, aux termes de l'article 9 de la constitution, c'était au grand conseil seul à faire des lois, ecclésiastiques ou autres. Bien loin donc d'avoir violé la constitution en faisant la loi ecclésiastique, l'autorité législative lui avait obéi *.

On s'étonna dans le temps de l'assurance avec laquelle des principes politiques aussi étranges étaient présentés. Quoi! disait-on, toutes les fois que la constitution renvoie à la loi

1 Souvelliste vaudois, N° 59, 24 juillet 1810. 1 Ibid., N° 61, 31 juillet 1840.

s Lettre au rédacteur du Xouvelliste vaudois. 4 Souvelliste vauduis, N° 62. 4 août 1840.

certaines dispositions, le grand conseil obéirait à la constitution en faisant une loi quelconque! Et n'est il pas vrai qu'une loi par laquelle l'église est annulée, absorbée dans l'état; qu'une loi qui, au lieu de régler les rapports de l'église avec l'état, ne parle que des pasteurs qu'elle constitue en simples fonctionnaires, et ne fait de l'église qu'une simple dépendance de l'administration publique; qu'une loi qui ôte à l'église le droit de vivre, qui confisque le droit de l'autorité spirituelle au profit de la puissance séculière : n'est-il pas vrai qu'une telle loi est une violation flagrante de la constitution? On s'éleva enfin contre le nom de mauvais citoyens donné à ceux qui cherchaient à éclairer l'opinion publique sur la tache d'inconstitulionnalité qu'ils voyaient dans la loi du 14 décembre ». Mais le jeune correspondant du Nouvelliste avait déjà déclaré que, sur ce point, on ne l'avait pas compris.

On s'attendait, on devait s'attendre à ce que, dans les graves conjonctures où se trouvait l'église vaudoise, les classes profitassent de leurs réunions habituelles pour faire entendre leur voix. Elles parlèrent en effet, comme nous allons le voir, mais sans témoigner d'une entente assez complète et sans aboutir à des résultats bien positifs.

La classe de Lausanne et Vevey, réunie les 9 et 10 juin, dans la grande salle de la bibliothèque cantonale, à Lausanne, sous la présidence de M. le professeur Leresche, entendit la motion suivante, faite d'abord dans le sein du colloque d'Aigle qui l'avait accueillie en décidant qu'elle serait soumise à la classe :

L'église nationale du canton de Vaud est sur le point d'entrer dans une ère nouvelle sous le rapport de son organisation. La loi qui détermine les liens qui l'unissent à l'état n'a pu être élaborée sans soulever

1 Narrateur religieux, N° 190, 9.2 août 1840.

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