‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 135 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

les questions les plus vitales. Les discussions qui ont dû avoir lieu sur des points purement ecclésiastiques et disciplinaires, ont envahi le do" maine des doctrines; il eût été bien difficile qu'il en tût autrement; car, en matière d'église, toutes les questions se touchent: de la forme on re" monte nécessairement au fond, tout comme du fond ou revient nécessairement à la forme.

Ne soyons donc pas surpris si les doctrines qui font l'essence de l'église ont été remuées dans tous les sens; ne nous en affligeons pas non plus, puisque les vérités de l'Evangile, qui sont celles de l'église nationale, ne redoutent pas le grand jour; elles le recherchent, et ne vivent qu'à cette condition-Là, quelles que puissent être les attaques de ceux qui les repoussent ou qui ne les accueillent pas dans toute leur intégrité.

Au sortir d'une crise telle que celle que nous venons de traverser, les pasteurs n'auraient-ils pas un devoir à remplir envers l'église nationale •qu'ils desservent?

Il ne peut être question de revenir sur la confession de foi. Nous avons manifesté nos vœux en temps convenable; nous l'avons fait à plus d'une reprise et sous plus d'une forme; nous n'avons plus rien à faire, ce nous semble, à cet égard. Le maintien de la paix nous en fait un devoir. Mais maintenant que la Parole de Dieu est le seul critérium de nos prédications, le seul code d'après lequel nos enseignements doivent être jugés, ne devrions-nous pas chercher à réveiller le zèle de notre peuple pour cette sainte Parole? N'importerait-il pas de lui faire comprendre qu'il est hautement intéressé a pouvoir juger par lui-même si les doctrines de ses ministres sont conformes ou pas à l'Evangile de Christ? Ne devrionsnous pas lui déclarer que c'est dans cette divine Parole que nous continuerons à puiser les doctrines vivifiantes qui ont fait la joie de nos pères, surtout dans les beaux temps de la réforme? Ne devrions-nous pas l'inviter d'une manière pressante à s'attacher à cette loi immuable de notre Dieu, encore négligée par un grand nombre de nos concitoyens? Ce n'est pas assez que chaque pasteur le fasse dans ses prédications ordinaires et dans ses avertissements particuliers. Le corps des pasteurs, les classes, ont ici une tâche à remplir. Une adresse émanée de leur sein, avant la mise à exécution de la nouvelle loi, une adresse pacifique, chrétienne, une adresse qui tendrait à calmer les esprits encore agités, à rassurer les uns sur la marche que nous avons à suivre, à éclairer ceux qui penseraient peut-être que la carrière d'une liberté complète de prédication est un acheminement vers la radiation des doctrines évangéliques, une telle adresse produirait un effet bien salutaire. Par un tel acte les pasteurs se

présenteraient comme un centre autour duquel se réuniraient, encore mieux qu'ils ne l'ont fait, tous les vrais amis du Seigneur et de l'église. Ils montreraient par là que tout ce qui peut avancer le règne de la vérité qui est selon la piété leur est mille fois plus précieux que ce qui tient à l'organisation matérielle de l'église. Ce serait peut-être aussi un premier pas vers un ascendant plus grand, plus fort, qu'acquerraient les pasteurs, ascendant puisé exclusivement dans l'autorité de la Parole de Dieu dont ils sont les ministres.

Si cette proposition est accueillie par la classe, elle nommera dans son sein une commission chargée de rédiger un projet d'Adresse pastorale è ce projet serait envoyé aux trois autres classes qui l'examineraient dans l'assemblée convoquée pour l'automne: l'adresse, une fois arrêtée, serait imprimée et répandue dans les paroisses du canton.

Cette motion fut combattue comme inutile, insolite, même dangereuse, par MM. Monaslier, Gély, Du fourmi et Chavannes- Porta.

M. le professeur Vinet, tout en éprouvant une grande sympathie pour les sentiments qui avaient dirigé les auteurs de la motion, craignait cependant que l'adresse proposée n'impliquât aux yeux de plusieurs l'acceptation volontaire de la loi imposée au clergé... «Quant à moi, dit-il en parlant de cette loi, je ne l'accepte pas. Outre l'abolition de la confession de foi qui crée l'anarchie, on a institué l'arbitraire en instituant le jury de doctrine. Et c'est nous, ministres de l'Evangile, qui sommes appelés à être les ministres de cet arbitraire. Chacun de nous pourra être appelé à faire partie du jury. Plusieurs de vous, en y pensant, n'éprouvent-ils pas une répugnance profonde et ne forment-ils pas la résolution de refuser de siéger dans ce tribunal? Quanta moi, je le déclare, je ne siégerai pas dans un tel tribunal. Que le jury ne soit jamais convoqué, comme quelques-uns le pensent, peu importe ; ce jury est un fait qui nous compromet gravement, attendu qu'en l'acceptant nous nous ferions les inquisiteurs les uns des autres. Si cette idée d'un jury de doctrine, appelé à juger sans règle fixe, eût été connue

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