‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 136 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

avant d'avoir surgi tout à coup dans le sein d'une commission du grand conseil, nul doute qu'il y aurait eu des représentations à ce sujet de la part des classes. Eh bien! ces représentations, il faut les faire maintenant. Je demande donc, non pas qu'on exclue l'adresse, mais que celle demande soit connexe ou simultanée avec un mémoire adressé au grand conseil, dans lequel on lui demanderait, ou de rétablir la confession de foi helvétique comme règle d'enseignement de l'église vaudoise, ou de supprimer le jury de doctrine institué par la loi. »

Cette nouvelle motion, combattue par MM. Dufournet, Monaslier, Puenzieux, fut appuyée par MM. Descombaz, Mùftnetùn et Dumont, et renvoyée à l'examen d'une commission composée par le bureau de MM. Victor Mellel, Marquis, Dufournct. Ynirt et Colomb.

La classe de Payerne et Moudon, assemblée le 10 juin dans la première de ces villes, entendit aussi, sous la forme d'une motion, un discours d'un de ses membres sur la position <j n'avait créée pour les pasteurs la loi du 14 décembre, et sur la ligne de conduite qu'il y aurait à tenir en présence de quelques-unes de ses prescriptions. « Si une loi, — ainsi s'exprima l'auteur de ia motion, — si une loi volée par les autorités constituées oblige tous les citoyens, d'un autre côté la conscience permet-elle de se soumettre à toutes les prescriptions de celle dont il est question? Elle a, entre autres, mis de côté la confession de foi de nos pères sans laquelle une église ne saurait subsister. En effet, s'il est du devoir de chaque chrétien individuellement de confesser sa foi selon l'ordre de Jésus-Christ, comment ne serait-ce pas à plus forte raison celui de l'église qui n'est qu'une réunion des individus qui la composent? Dire j'admets la Parole de Dieu comme règle de ma foi, ne serait pas regardé de la part d'un individu comme une confession assez explicite et suflisante.

Dieu et les hommes ne pourraient s'en contenter. Pourrait-il en être autrement d'une église? La loi vient de créer1 une église sans confession de foi, et par là elle a placé les pasteurs dans une position fâcheuse. Point de garanties pour eux quant à la doctrine; le jugement en est remis à un tribunal temporaire aussi arbitraire que possible, c'est-à-dire à un tribunal sans autre loi pour le guider que les caprices ou les opinions flottantes de ceux qui le composeront. Point de moyens pour repousser l'erreur; la porte est nécessairement ouverte dans l'église à toutes les hérésies sans qu'il y ait une seule digue pour empêcher que cette église ne soit bientôt une Babel. Plus de lien dans l'église quant à ses membres entre eux et surtout quant à ses conducteurs spirituels entre eux. Le ciment qui les lie est ôté, l'édifice ne doit-il pas tomber -en ruines? Plus de lien entre celte église et les autres. Dans une pareille position doit-on rester passif, et le clergé en particulier n'a-t-il rien à faire, point de représentation à adresser pour essayer du moins si on ne pourrait pas empêcher les fruits funestes de cet état de choses? Telle est la question. Nul ne peut dire qu'elle ne soit de la plus haute importance, et si sa solution pouvait être un moyen de mettre en accord la conscience du pasteur et quelques-unes des décisions de la loi, il vaudrait bien la peine de l'approfondir. »

Après quelques instants de discussion, la classe décida de faire de cette grave question le sujet d'une conférence fraternelle ou d'une correspondance des membres de la classe avec Tauleur de la proposition.

La classe de Morges et Nyon, réunie à Rolle, étudia égale-

1 M. l'avocat François Burnier, relevant cette expression dans le Narrateur religieux ( N° 182, 27 juin 18iÔ), démontra que la nouvelle loi ecclésiastique n'avait nullement créé une église; qu'avec celte loi il n'y avait point d'église; qu'elle était un règlement pour les pasteurs, non pour une église. La loi nouvelle ne réglait que ce qui concernait les prédicateurs.

Page 1