‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 139 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Tandis que les classes essayaient, mais sans grand succès, d'une aclion collective, plusieurs pasteurs, fidèles à leurs convictions individuelles, tentaient d'agir sur l'opinion publique dans le sens d'une protestation contre la loi ecclésiastique. C'est ainsi que M. François Yulliet, pasteur à Saint-Cergues, publiait une petite brochure sous ce titre : A mes paroissiens. Lettre pastorale à l occasion de la nouvelle loi ecclésiastique \ L'auteur y exposait d'abord quelles étaient les instructions qu'il continuerait à donner à son troupeau. Ces instructions seraient conformes aux doctrines de la confession helvétique. Il était indispensable que ses paroissiens se tinssent à ces doctrines pour que l'église prospérât, fleurît et procurât le bonheur du pays. S'ils ne s'y tenaient pas, ils seraient infidèles à la religion de leurs pères ; d'autant plus que l'église était maintenant exposée à l'invasion de toutes les doctrines imaginables. — Le ton de cet écrit était grave, modéré, affectueux, paternel.

M Vulliet avait envoyé sa brochure à ses frères dans le ministère avec la prière de l'examiner et, dans le cas où ils l'approuveraient, de la signer et de la répandre dans leurs paroisses. Cette démarche si naturelle fut dénoncée avec une grande acrimonie dans un journal politique, par un ministre, comme propre à agiter les masses, à provoquer des troubles.

II. Vulliet, ne se tenant point pour battu, répondit à ces accusations par une seconde brochure qui visait à une publicité plus grande encore. C'était la Première adresse aux vingt mille de 1839 -. On comprend que ces vingt mille étaient les citoyens vaudois qui, l'année précédente, avaient adressé au grand conseil des pétitions pour ou contre le maintien de la confession

» Lausanne, août 1840. Ducloux. 13 pages.

* Lausanne, septembre 18i0. Ducloux. 31 pages.

helvétique. Quoique divergents dans leurs conclusions, les uns et les autres avaient voulu le maintien de l'église de leurs pères, et M. Vulliet montrait dans son écrit lesquels d'entre ces vingt mille s'étaient trompés. Il considérait tour à tour le passé de l'église nationale. La confession helvétique avait été sa constitution, son essence elle-même. Le présent. Avec la nouvelle loi, l'église nationale était une autre église. L'avenir. La nouvelle église serait bien inférieure à l'autre église. L'avenir, c'était la porte ouverte à toutes les erreurs: c'était le bon plaisir, l'arbitraire du gouvernement.

Cette première adresse, qui ne fut pas suivie d'une seconde, était écrite avec sagesse, avec simplicité et avec une grande force de conviction. A notre connaissance, on n'essaya pas de la réfuter. Mais si nous en jugeons par les articles des journaux, par les correspondances du moment, le clergé national se trouvait dans le plus grand embarras. Au fond, et pris dans son ensemble, il condamnait la loi, il ne s'y soumettait qu'en gémissant et il essayait de se persuader que la loi n'aurait pas toutes les fâcheuses conséquences qu'elle semblait porter dans son sein. On disait que ce n'était pas le moment de protester, que la loi laissait les pasteurs libres de remplir fidèlement leurs fonctions ; qu'il n'y avait rien de changé dans la position de l'église vis-à-vis de l'état, qu'on ne faisait pas des ministres des fonctionnaires civils. On pensait encore que, grâce aux dispositions favorables du gouvernement, on pouvait même espérer la révocation de la loi. Enfin et surtout, on répétait que si la confession de foi helvétique était ôtée aux pasteurs, on leur laissait du moins la Bible, la parole de Dieu, Yépée de l 'Esprit. On n'avait pas l'air de supposer que le personnel du gouvernement étant muable, les dispositions de celui-ci pouvaient changer et que l'épée enlevée au clergé serait retournée contre lui, car on trouverait bien moyen de convaincre ce dernier de lâcheté et d'infidélité. D'ailleurs les pasteurs, en protestant inté-

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