CHAPITRE V
rieurement contre une loi à laquelle ils acquiesçaient extérieurement, ne se mettraient-ils pas en contradiction avec leur propre conscience? Fallait-il donc attendre toutes les éventualités de l'avenir?
M. le pasteur L. Burnier, poursuivant avec énergie la campagne qu'il avait commencée contre la loi ecclésiastique, publia alors une troisième broehure : De la loi ecclésiastique du M décembre 1839, sous le point de vue religieux1. Cet écrit renfermait trois parties: Du principe de la loi ; Des limites apportées par la loi à son principe fondamental ; Facilités que la loi fournit pour réaliser le principe qu'elle pose, et commencement d'exécution.
Quant au principe de la loi, savoir que l'état a le même droit en matière religieuse qu'en matière politique, ce système, selon M. Burnier, non-seulement ne peut soutenir l'éclat du flambeau de l'Evangile, mais encore les hommes mêmes qui cèdent le plus à l'état sont unanimes sur l'incompétence de ce dernier en matière spirituelle. « Avec l'entière liberté accordée à tout citoyen d'être de l'église ou de n'en être pas, il est vraiment inimaginable qu'on ait osé écrire dans une loi les dispositions que renferme la nôtre. » L'opinion de la majorité du pays en matière religieuse, telle sera donc la règle de la doctrine et du culte dans l'église vaudoise.... Ce qu'on appelait autrefois évangélique réformé, on l'appelle maintenant méthodiste.... On ne veut pas de l'Evangile des réformateurs, mais un christianisme raisonnable : celui de Hegel et de Strauss.... On veut, pour son argent, des pasteurs qui annoncent ainsi l'Evangile et un culte assorti.... « C'est une nouvelle église que nous aurons. »
Quant aux limites apportées par la loi à son principe fonda-
1 Première partie. Lausanne, 21 septembre 1840. Ducloux. 48 pages.
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mental, que sera le serment des ministres? En somme, et malgré les belles paroles de ce serment, chacun prêchera ce qu'il voudra. Il ne sera pas une limite au pouvoir absolu des deux conseils. Le jury? il ne pourra jamais arriver à la conviction morale qu'un ministre a manifestement et volontairement violé son serment. L'institution du jury n'apportera aucune limite au pouvoir absolu de l'état en matière spirituelle. Le synode? il y a impossibilité à ce qu'il exerce beaucoup d'influence sur le grand conseil. Ce n'est point une limite réelle au pouvoir absolu de l'état.
M. Burnier étudie enfin les facilites que la loi fournit pour réaliser le principe qu'elle pose, et il les voit d'abord dans Vasservissement de l'église. La loi du 14 décembre n'a pu, dit-il, anéantir l'église nationale, celle de 1830, mais elle l'a opprimée, asservie. Toute autorité qui s'interpose entre l'église et la parole de Dieu, que ce soit le pape ou un grand conseil, attente à la liberté de l'église, c'est-à-dire à l'ensemble de ceux qui invoquent le nom de Christ. Le grand conseil veut pouvoir prononcer en matière de doctrine et de culte : c'est dénier à l'église le premier de tous ses droits.
La seconde facilité que la loi fournit pour réaliser le principe qu'elle pose, c'est la suppression de la confession helvétique. C'est pour commencer la révolution dans les doctrines qu'on a voulu cette suppression. M. Burnier n'écrit cependant point un nouveau plaidoyer en faveur de la confession helvétique. Il n'en méconnaît pas les défauts et il ne s'en exagère pas l'importance. « J'avoue, dit-il, que ce vénérable document est, dans sa forme, un des moins propres au but qu'on doit se proposer. C'est un abrégé théologique plus que des articles de foi. La controverse y occupe trop de place; et tous sont d'accord que les derniers chapitres ne devraient pas s'y trouver. J'ajouterai que, dans une église nationale, une confession de foi devrait peut-être se borner à l'exposition des dogmes sans lesquels il