‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 141 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

n'y a réellement pas de christianisme, tels que l'inspiration divine des saintes Ecritures, la chute de l'homme, l'éternelle divinité de Jésus-Christ, la rédemption par son sang, la justification par la foi, la régénération et la sanctification par le Saint- Esprit. Mais qui révisera un formulaire qu'on reconnaît défectueux ? Personne que l'église à qui l'état peut le demander après lui avoir rendu sa liberté. » M. Burnier proteste donc contre le droit que s'est arrogé le grand conseil en supprimant la confession helvétique. Il s'élève également contre le serment négatif. Du reste, relativement à l'église, la question de la confession de foi, au jugement de M. Burnier, ne renferme pas ou ne décide pas, comme on l'a dit, toutes les autres : on est allé un peu trop loin. Mais cette question a acquis une importance très réelle et très grave par la solution qu'elle a reçue, par la discussion, par la manière dont on a décidé la question de l'église proprement dite. Cette suppression est, pour M. Burnier, un précédent d une portée immense. « Dès à présent, dit-il, notre église ne saurait prétendre à l'unité de doctrine. On a donc décidé implicitement une question des plus vitales, celle de V unité de l'église. » Mais la Bible, ne suffît-elle pas pour établir cette unité? M. Burnier répond: « Pour qu'il y ait unité dans l'église, il faut qu'il y ait accord sur les vérités du salut, et l'on pourrait être encore étranger au salut, tout en croyant que la Bible est bien la parole de Dieu. » Sans doute, dans la nouvelle église on arrivera à l'unité, mais à l'unité matérialiste, à l'unité sceptique. L'idée n'a-t-elle pas été émise que le christianisme est progressif? En réalité, il y aura désormais trois règles d'enseignement : le catéchisme et la liturgie qui émaneront du grand conseil, et la conscience de l'église. Où découvrira-t-on cette dernière? En définitive dans l'état, dans les pouvoirs politiques, et l'on retrouve toujours au fond de l'alambic ce résidu : Y état, maître de la doctrine religieuse. Désormais donc, après l'enlèvement de la barrière qui s'appe*

lait la confession helvétique, toutes les incursions du grand conseil et du conseil d'état dans le domaine des doctrines seront possibles1.

M. Burnier ne pensait pas qu'on pût et qu'on dût subir la loi du 14 décembre. D'autres pasteurs, en grand nombre, et non d'entre les moins vivants, estimaient au contraire qu'on devait la subir. Sans doute, à leurs yeux, la loi ecclésiastique était toute jugée ; elle était inconstitutionnelle, impolitique, opposée dans son principe aux intérêts les plus chers de l'église nationale et à ses droits les plus sacrés ; elle préparait un avenir menaçant pour la foi évangélique réformée ; elle rivait les fers de l'église. Toutefois, cette loi n'était point en opposition formelle avec des injonctions positives de la Parole de Dieu ; elle n'imposait pas aux pasteurs des obligations contraires à l'Evangile. Il n'était donc pas permis à ces derniers, en leur qualité de citoyens et de chrétiens, de lui refuser obéissance au nom de leur raison et de leurs prévisions humaines. Bien plus, la loi laissait au ministre, membre de classe, la faculté de refuser presque tous les offices qu'il ne pourrait remplir sans paraître approuver le principe fondamental de la loi. La classe pouvait même l'exempter pour des motifs très graves de l'office de membre du jury de doctrine2.

Pour d'autres encore, la loi ecclésiastique n'avait pas pour effet de supprimer l'église nationale, ni de la placer dans un

1 « Nos affaires ecclésiastiques paraissent terminées ou peu s'en faut. Nous

avons perdu la confession de foi helvétique, et nous avons le gouvernement à la place, plus un certain jury de doctrine, dont on a voulu me nommer membre. Quelques ministres ont donné leur démission. . . » (Lettre de M. S. Chappuis à M. Henriod, pasteur au Locle. Lausanne, le 10 avril 1841.)

* Conf. Narrateur religieux, N° 199, 24 octobre 1840. (Lettre du pasteur Louis Germond.)

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