‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 142 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

plus grand asservissement que celui où elle était auparavant. La loi présentait même des barrières qui, toutes faibles qu'elles fussent, restreignaient le pouvoir civil dans l'administration des affaires ecclésiastiques. Ces pasteurs avaient peine à croire que le conseil d'état et le grand conseil voulussent remanier euxmêmes les livres qui leur seraient soumis, tels qu'une liturgie et un catéchisme. Ils pensaient que, malgré les imperfections nécessairement attachées au système des églises nationales, on pouvait, on devait même y rester aussi longtemps que ces églises favorisaient la prédication de la vérité. On s'en retirerait quand elles s'opposeraient à ce que le pur Evangile fût annoncé. Attendre donc, sans faire aucune démarche préalable, que la loi déployât son effet, telle était la résolution de ces derniers1.

Parmi les ecclésiastiques qui s'apprêtaient à subir la loi du 14 décembre, on vit se ranger ostensiblement M. le pasteur Bauty. On s'attendait naturellement à ce que l'habile et respectable auteur du « Mémoire adressé au conseil d'état (février 1838) » ferait entendre sa voix au milieu des débats qui agitaient l'église et le pays. Les brochures de son antagoniste dans la commission législative et dans la délégation des classes n'étaient pas de nature à l'inviter au silence. Déjà, dès le mois d'octobre, M. Bauty s'était adressé directement à M. Burnier, mais dans une lettre toute privée et destinée seulement à lui reprocher ses exagérations. Peu après cependant, M. Bauty publiait lui-même un petit écrit intitulé : Quelques mots sur la loi ecclésiastique*. Sous une forme ingénieuse, cet opuscule présentait une critique très amère de la loi. Après avoir constaté les différences importantes qui existaient entre cette dernière et son projet à lui, projet qui maintenait la confession de foi et qui faisait aux corps politiques une part restreinte dans l'ac-

1 Narrateur religieux, N° 199, 24 octobre 1840. (Lettre <lu pasteur F. Grenier.) * Lausanne 1840. Delisle. 8 pages.

ceptation ou le rejet des liturgies et des catéchismes, M. Bauty s'exprimait ainsi : « La loi est défectueuse, elle ne peut se promettre un long avenir, chacun le sait, chacun lèsent.... Je ne viens point tracer l'apologie de la loi; ceux mêmes qui l'ont votée souriraient de mes efforts. Non. Mais voyant l'agitation croissante dont elle est le sujet, je me suis demandé, où tendons-nous? où veut-on nous mener? Désire-t on peut-être la révocation immédiate de la loi? Ce serait désirer l'impossible. » Il fallait donc accepter la loi, mais le régime nouveau serait comme un état provisoire pendant lequel on aurait le temps de réfléchir. Et puis, ajoutait M. Bauty, t bien que la loi soit très défectueuse, elle ne crée pourtant pas un ordre de choses absolument différent de l'ancien... Le retranchement de la confession de foi ne diminue pas le droit et le devoir des pasteurs de prêcher le contenu de ce formulaire... Et quant au droit de dogmatiser attribué aux corps politiques, quand ceux-ci songeront à s'en prévaloir, alors il sera juste, nécessaire, de jeter un cri d'horreur aux quatre coins du canton. En attendant, nos conseils n'ont nulle envie de s'ériger en conciles. Ils en ont assez, oui, bien assez. »

On disait que la loi était antiévangélique. M. Bauty répondait : g La loi statue un abus antiévangélique de trois siècles, mais elle n'exige des pasteurs aucun acte antiévangélique , puisqu'elle leur prescrit au contraire de prêcher fidèlement la Bible,... et quand nous avons la Bible, ne parlez pas comme si nous n'avions rien. » M. Bauty n'estimait donc pas, comme ses antagonistes, que tout fût perdu. Sans doute, « la loi sera un instrument pour le mal, si les amis de la religion refusent de s'en servir, s'ils se montrent contrariants, fâcheux, sans se mettre en peine où ils vont ni où on les mène. » Mais tous, les laïques aussi, devaient contribuer à ce que la loi fût un instrument pour le bien.

La brochure de M. Bauty fut, dans le temps, assez vivement

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