CHAPITRE V
critiquée et l'on conseillait ironiquement aux partisans de Vunion à tout prix de la conserver avec soin. « Si, disait-on, dans dix, quinze ou vingt ans, il plaît au législateur d'octroyer à son église un mauvais catéchisme, on trouvera dans ces huit pages toute espèce d'arguments pour démontrer qu'on peut fort bien s'en contenter. Il n'y aura que quelques mots à changer par-ci parlà. » — On crut pouvoir reprocher à M. Bauty la vanité de ses raisonnements. « Nous attendions de lui, disait-on, moins d'esprit sur ces graves matières, plus de sérieux, plus d'indépendance et plus de foi *. i Ce jugement était trop sévère pour être absolument mérité. M. Bauty avait déclaré qu'il ne plaisantait pas, mais qu'il voulait seulement tempérer ce qu'il n'aurait pu dire sans une juste sévérité s'il avait pris un autre ton.
M. Burnier n'avait donné que la première partie de sa troisième brochure : De la loi ecclésiastique du 14 décembre 1839, sous le point de vue religieux. Il lui restait à montrer, mais toujours sous le même point de vue, l'esprit de la loi, c'est-à-dire l'esprit qui l'avait dictée, et les funestes effets qu'elle aurait infailliblement sur la doctrine, le culte, les pasteurs et l'église. C'est ce qu'il fît dans une seconde partie qui parut à la fin de novembre2.
Selon M. Burnier, on ne pouvait se faire une juste idée des effets probables de la loi qu'après avoir étudié celle-ci dans l'esprit qui l'avait dictée. Quels étaient donc les motifs qui avaient dicté ou fait accepter la loi ? M. Burnier mentionnait entre autres \apeur de l'église. Quelques-uns crurent que l'état devait envahir l'église pour n'être pas un jour envahi par elle. La peur du clergé en poussa d'autres à soutenir le système gou-
1 Xarrateur religieux, N° 207, 19 décembre 1840. * Lausanne, 25 novembre 1 8i0. Ducloux. 53 pages.
vernemental pur. La plupart avaient pensé que la constitution maintenait un privilège en faveur d'une classe de citoyens, à l'exclusion des autres. De là cette conséquence pratique que toutes les doctrines n'étaient pas autorisées à fonctionner en même temps, et qu'il y aurait toujours quelque hérésie favorisée par la loi. En réalité et surtout , ce qu'on avait craint en repoussant le régime démocratique dans l'église, c'étaient les progrès que pouvaient faire , par ce moyen, les doctrines évangéliques et la puissance morale de ceux qui les professaient.
Par qui, demande M. Burnier, la loi a-t-elle été faite ? Par des hommes pieux, ou par des incrédules? Sous cette dernière expression, répond l'auteur de la brochure, « je renferme tous ceux qui n'ont pas la foi chrétienne; tous ceux, pour le dire sans ambages, qui n'admettent pas réellement la Bible comme étant le livre de Dieu, le seul livre renfermant la Parole de Dieu proprement dite, une révélation miraculeuse du ciel à la terre. Dieu a parlé : il a parlé autrefois par les prophètes et plus récemment par son Fils Jésus-Christ et par ses apôtres, et il n'a parlé que par eux. Notre devoir est d'écouter ce qu'il nous dit, de le recevoir, d'y conformer nos sentiments et notre vie. Telle est la foi élémentaire. C'est le minimum de la foi, ou si l'on veut l'acheminement à la foi, qui sauve : celle-ci consistant essentiellement dans l'union de notre âme avec Jésus- Christ par le Saint-Esprit qui nous est donné. D'où il résulte qu'on peut avoir beaucoup de considération pour la Bible à cause des excellentes choses qu'elle contient et du respect que les peuples lui portent, qu'on peut même admettre dans son credo à soi plusieurs des vérités qu'elle enseigne, qu'on peut encore posséder un certain fond de moralité , vivre d'une vie honnête et honorable aux yeux des hommes, et toutefois être réellement un incrédule, dans le sens biblique de ce mot. j>
Assurément, M. Burnier ne dit pas que la plupart des mem-