‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 144 sur 173 · CHAPITRE V. 2c · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 2c

bres du grand conseil qui ont voté la loi sont des mécréants, mais il constate qu'ils n'ont pas dissimulé leur opposition aux doctrines de l'Evangile. La loi a été voulue par plusieurs en haine du méthodisme, dont la confession helvétique était, disaiton, le drapeau. On a ainsi identifié le méthodisme avec les doctrines delà réformation, de l'Evangile lui-même; et ce sont ces doctrines qu'on a repoussées. Quant à ce que veulent en religion, et à la place du christianisme vivant, les personnes qui ont soutenu la loi, M. Burnier pense qu'il serait difficile de le dire ; mais elles ne veulent pas de l'Evangile de .lésus-Christ. Au fond, leur Evangile, c'est celui du Vicaire savoyard ou de Saint- Simon, de Hegel ou de Strauss ; peu importe, du reste, car « poison pour poison, on n'en meurt pas moins avec l'opium qu'avec l'arsenic. Toute la différence est dans le genre d'agonie. » Au fait, la grande lutte est, aujourd'hui comme toujours, entre le matérialisme et le spiritualisme, et pour avancer les affaires du matérialisme, on compte sur la nouvelle loi. Son action sera lente, mais elle fera revenir à la torpeur d'autrefois. On a des ministres du saint Evangile, on aura des ministres de l 'église nationale (formule du nouveau serment), c'est-à-dire des ministres au service du grand conseil, du conseil d'état, des municipalités, etc.

Qu'y avait-il à espérer de la loi, dans ses rapports avec les progrès du règne de Dieu?

La doctrine? L'abolition de la confession helvétique n'a pas eu lieu pour en favoriser les doctrines. « Le nouveau régime, dit M. Burnier, assure, dans l'église, le règne absolu de la majorité, quant aux doctrines mêmes ; or, on devrait bien savoir que la vérité en religion n'est pas une affaire de scrutin politique. »

Le culte? Déjà si sec et si froid, la loi est incapable de lui rien donner. Les formes resteront telles, mais le fond empirera. La prédication deviendra ce que la loi en fera, rationaliste.

Les pasteurs? Que deviendront-ils sous cette loi qui dégrade le ministère évangélique? La vraie dignité du ministère évangélique, est suffisamment compromise.

V église ? La loi la met dans l'impossibilité de remplir ses devoirs. Elle la dégrade. La confusion absolue du civil et du religieux envenimera les plaies de l'église nationale : l'incrédulité, l'indifférence, l'hypocrisie ou le formalisme. On verra de plus en plus dans la religion une œuvre de législation humaine, une affaire ne concernant que les gouvernants et les ministres. L'oppression qui pèsera sur l'église ne sera pas violente, mais d'autant plus dangereuse ; la partie vivante de l'église tombera dans le mysticisme, le quiétisme, avant-coureur de l'entier sommeil des âmes. On finira par dire : Tenons-nous tranquilles et laissons agir le Seigneur.

La loi, disait encore M. Burnier, est donc décidément et directement contraire aux progrès du règne de Dieu ; et il demandait si ce n'était pas le moment de proclamer hautement le grand principe de la séparation de l'église et de l'état et de s'efforcer de le faire prévaloir? Telle était bien la conclusion de l'auteur et, cette conclusion, il la formulait ainsi en terminant : « C'est donc l'émancipation de l'église qui, à mon avis, doit être désormais le but, non pas unique, mais constant, de nos efforts et de nos prières. »

La conclusion de M. Burnier était déjà celle de tout un parti avancé dans l'église nationale du canton de Vaud, mais, dans ce parti même, plusieurs croyaient que l'honorable pasteur de Morges se faisait encore des illusions sur les moyens par lesquels il fallait tendre à ce but. Ils n'attendaient guère plus ou mieux du Laos que du Démos, pour le bien de l'église et l'avancement du régne de Dieu

1 Conf. Narrateur religieux, N° 208, 26 décembre 1840.

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