‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 154 sur 173 · C.-A. Dapples, pasteur · texte numérisé non relu

C.-A. Dapples, pasteur

Villette, 23 novembre 1840.

Je me crois obligé comme citoyen et comme pasteur de vous déclarer avec respect et avec franchise que, tout en faisant mes efforts pour accomplir cette loi dans tout ce qui s'accorde en elle avec la Parole de Dieu, avec notre constitution civile et avec le serment que j'ai prêté, notamment le prescrit de l'article 30 sur les fonctions des pasteurs, je désire néanmoins ardemment que le règne de cette loi soit très court, et qu'elle soit aussitôt que possible remplacée par une loi réglant les rapports de l'état avec l'église, selon ce qu'ordonne la constitution article 9, et selon les vrais principes à suivre dans cette matière.

Rodolphe Mellet, doyen.

Une démarche plus explicite encore que toutes celles que nous venons de mentionner fut la résolution prise, pour ce qui le concernait personnellement, par M. le ministre Ch.-Fr. Recordon, à Vevey. M. Recordon renonçait, tant que la loi du 14 décembre resterait en vigueur, à tous les droits que pourraient lui conférer la qualité et le titre de ministre de l église

nationale du canton de Vaud. Voici, du reste, en quels termes cet ecclésiastique annonçait sa résolution au conseil d'état.

Vevey, 14 décembre 1840.

Monsieur le président et messieurs les membres du conseil d'état,

La position particulière et indépendante que j'occupe dans l'église depuis neuf ans, aurait pu me dispenser de me prononcer plus ouvertement que je ne l'ai fait sur la loi ecclésiastique du 14 décembre 1839.

Mais, messieurs, il m'a paru plus convenable, plus loyal, plus respectueux, de vous faire connaître directement ce que j'en pense.

L'omnipotence du pouvoir civil en matière de doctrine, principe de cette loi, est, à mon avis, contraire à tout l'esprit de l'Evangile et ne peut être justifiée par aucune déclaration de ce code du chrétien. L'église, qui ne relève que de Jésus-Christ, ne peut, à mon sens, concéder ce principe sans défection envers son chef suprême et par conséquent sans apostasie.

Que cet abus monstrueux ait existé depuis trois siècles, quoique à un moindre degré, dans la plupart des églises protestantes de la Suisse, je ne le nie pas, mais cela ne le justifie point.

On peut dire pourtant, à la décharge de ces églises, qu'elles étaient loin d'avoir reçu sur ce point toutes les lumières que nous possédons aujourd'hui. Ce qui s'est passé chez nous, en particulier, ce qui s'y est dit, écrit et fait depuis quelques années, a jeté une grande et effrayante clarté sur cette grave matière, et a fait ressortir tous les dangers du principe que je viens de signaler et, en général, ceux de l'union de l'église et de l'état.

Telles étant mes convictions, messieurs, ma ligne de conduite me semble toute tracée. On a dit, à l'occasion de protestations récentes, que les minorités doivent se soumettre aux majorités, ici comme en tout. — L'histoire ecclésiastique est là pour nous apprendre que, dans la sphère religieuse, il n'en a jamais été ainsi. Jamais les minorités bien convaincues ne se sont soumises ; jamais les consciences ne se sont pliées au joug des majorités.

Moi qui, dans le cas actuel, fais partie de la minorité, je déclare que je n'accepte point la loi ecclésiastique, mais je rends grâce à Dieu de ce que je puis faire cette démarche sans me trouver dans la nécessité, toujours dure pour le chrétien, de résister au pouvoir.

Pénétré d'un grand respect pour la légalité, disposé par conséquent à

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