‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 157 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

affermie » de l'éloquent avocat de la liberté religieuse, était que « tout rapport officiel entre l'église et l'état était faux, en religion comme en philosophie. » Il n'aurait pu prêter obéissance à la loi du 14 décembre, et, en conséquence, il était sorti des rangs du clergé national. C'est pourquoi le 23 novembre il avait prié la classe de Lausanne et Vevey de ne pas porter son nom sur la liste de ses membres, et, le 15 décembre, la commission ecclésiastique de le rayer du catalogue des impositionnaires. M. Vinet disait suivre ordinairement le culte national et être prêt à monter en chaire dans les temples. Il n'était membre d'aucune église en dehors du culte national, mais il n'appartenait qu'à l'église réformée en général. Il n'était pas dissident dans le sens généralement admis parmi nous. Enfin, M. Vinet restait professeur de théologie parce que la faculté ressortissait à l'instruction publique, non à l'église.

La démarche de M. Vinet eut un grand retentissement dans le protestantisme français, en dehors même de la Suisse romande, mais elle fut jugée très diversement. « La détermination de M. Vinet, écrivait-on dans le Semeur, sera comprise sans peine de ceux qui. savent qu'il a attaqué le principe même de l'institution des églises nationales et qu'il se dispose à le faire de nouveau et publiquement ; elle le sera aussi de ceux qui ont suivi les discussions qui ont eu lieu dans le canton de Vaud sur le gouvernement de l'église, et qui se rappellent qu'elle y est sur le point de passer du régime ancien à celui qu'une loi récente lui a fait1. » D'autres blâmaient M. Vinet. « Il a fini, disait un professeur genevois dont nous avons déjà cité quelques lettres, il a fini d'une manière bien peu significative, et, Dieu merci, peu efficace sa grande opposition. Dieu soit béni de ce qu'il s'en tient là, et puisse voire clergé s'instruire maintenant à la douceur, au calme et à la raison2. »

1 Le Semeur, N° 50, 9 décembre 1840.

* Lettre du professeur C. à M. J. G., à Lausanne, 29 novembre 1640.

La Gazette de Lausanne, tout en louant MM. Vinet, Recordon et Edouard Panchaud, pasleur à Bruxelles, d'avoir donné leur démission de ministres de l'église nationale pour être fidèles à leur conscience, profitait de l'occasion pour tancer les pasteurs qui, après avoir repoussé la loi de 39, vivaient maintenant sous son régime, lui obéissaient et la condamnaient tout à la fois. « C'est, disait la Gazette, une fausse position dans laquelle ils se placent. Ils flétrissent la loi et ils continuent les fonctions qu'elle impose ; ils protestent contre elle et ils recueillent le traitement qu'elle leur a assuré. De pareilles erreurs sont inexplicables, liées à des noms généralement honorés *. »

Le conseil d'état, comme pouvoir exécutif, devait maintenir lautoritéde la loi. On s'y attendait. Mais si l'autorité supérieure crut devoir répondre aux protestations, elle le fit du moins avec quelque bienveillance et de manière à faire comprendre qu'elle n'entendait pas regarder toutes les volontés du grand conseil comme des droits, et toutes les oppositions à ces volontés comme des révoltes. A l'appui de ce que nous disons, nous donnons ici la réponse du président du conseil à M. le pasteur Fr. Decoppet, d'Ependes, l'un des signataires de la déclaration du 2 novembre que nous avons reproduite plus haut.

Lausanne, le 5 février 1841.

LE PRÉSIDENT DU CONSEIL D'ÉTAT DU CANTON DE VAUD A Monsieur F. Decoppet, pasteur à Ependes. Monsieur,

Le conseil d'état a pris connaissance de la déclaration de principes que, de concert avec d'autres pasteurs et ministres impositionnaires de l'église nationale, vous lui avez adressée contre la loi ecclésiastique du

• Galette de Lausanne, N° 15, 19 février 1841.

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