L. Gaudard, pasteur
La majorité de la commission du grand conseil, chargée d'examiner les pétitions ci-dessus, conclut, par l'organe de son rap-
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porteur, M. le professeur Porchat, à ce que la demande des pétitionnaires fût rejetée. La minorité, représentée par M. le préfet Mercier, demandait qu'on passât à Tordre du jour. Le discours de ce représentant du peuple, dont le nom devait acquérir plus tard une certaine célébrité, fut ironique. Il se résumait en ceci : les pasteurs ne remplacent par rien la loi du 14 décembre et ils seraient incapables de s'entendre entre eux! Le discours de M. le conseiller d'état De la Harpe ne coûta guère plus d'efforts d'imagination : les pétitionnaires sont une infime minorité ; le pays ne demande rien ; il est content ; les pasteurs également ; donc la loi est bonne î
Heureusement que les pétitionnaires trouvèrent dans MM. Rivier et Jaqnet, conseiller d'état, des avocats moins prévenus, et qui, s'ils ne réussirent pas à faire triompher leur cause, prouvèrent du moins qu'elle pouvait être défendue. M. Rivier trouvait l'état actuel anormal, mais, dans sa conviction, la loi ne durerait pas, elle n'était que transitoire. M. Jaquet, tout en disant qu'on ne pouvait revenir au statu- quo, comprenait les craintes des pétitionnaires. A ses yeux, la loi donnait à l'autorité civile un pouvoir immense, excessif.
Le grand conseil répondit aux pétitions par l'ordre du jour pur et simple.
Le 2 décembre, une protestation de 192 citoyens, membres de l'église nationale, de diverses parties du canton, fut encore communiquée au grand conseil. Les signataires s'exprimaient ainsi :
Monsieur le président et messieurs les membres du grand conseil.
A l'approche du moment où la loi ecclésiastique votée le 14 décembre 1839 va être mise en vigueur, les soussignés regardent comme un devoir sacré de vous manifester leur opinion sur une loi qui, selon leur conviction, porte atteinte à la constitution du canton de Vaud.
Il est évident, en effet, que la loi ecclésiastique, en supprimant l'exposé
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des doctrines de notre église, contenu dans la confession de foi helvétique, et en statuant que le grand conseil fera, lorsqu'il lui semblera bon, de nouveaux livres symboliques, sans être obligé de tenir compte des vœux qui lui seraient exprimés à ce sujet par le clergé ou les membres de l'église, a, par ce fait même, attaqué l'intégrité de la religion de nos pères, %n la remplaçant par un système religieux sans base et variable suivant les vues individuelles des pasteurs rétribués par l'état et les décisions d'un corps politique, auquel la constitution n'a point conféré le droit de statuer en matière de doctrine.
Il a paru aux soussignés, dont la plupart sont chefs de famille, qu'un devoir impérieux leur est imposé, celui de protester solennellement contre cette loi, qui peut porter la perturbation dans l'état et avoir les plus graves conséquences pour l'avenir.
En abolissant toute règle de doctrine, la loi du 14 décembre 1839 nous fait entrer dans le domaine de l'arbitraire; la porte s'ouvre désormais à toutes les sectes, et des religions nouvelles et inconnues viendront prendre la place de celle dans laquelle le Seigneur nous a fait la grâce de vivre jusqu'à présent, et dans laquelle nous désirons mourir.
Apprenant en outre que plusieurs pasteurs et ministres ont protesté devant le grand conseil contre la suppression du symbole de doctrine de notre église, et déclaré que, fidèles à leur serment, ils entendent et désirent demeurer invariablement attachés à la religion de l'église évangélique réformée, telle qu'ils nous l'ont jusqu'ici prêchée, et qu'ils l'ont enseignée à nos enfants, les soussignés croient devoir leur donner ici un témoignage cordial et public de leur sympathie.
La fidélité à la Parole de Dieu et aux vérités fondamentales qui y sont contenues est et sera toujours la sauvegarde des états; sans elle il n'y a que trouble et malheur. C'est autour de l'antique drapeau de l'Evangile de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ que doivent toujours se réunir les citoyens qui aiment véritablement leur patrie. Nous demandons à Dieu qu'il nous accorde de conserver intact ce précieux dépôt, qui nous a été légué par nos pères, et que nous désirons transmettre à nos descendants.
Que Dieu nous en fasse la grâce!
Agréez, monsieur le président et messieurs les membres du grand conseil, avec l'expression de notre respect, nos vœux pour la prospérité de l'état.
Vendredi, 20 novembre 1840.
Le grand conseil, considérant que ce mémoire ne contenait pas de demande formelle, décida qu'il serait simplement déposé aux archives \