CHAPITRE II
conserver une certaine unité dans l'enseignement normal et, par suite, dans l'enseignement primaire.
A la même époque s'ouvrit une école modèle, ou école d'application, destinée d'abord à présenter aux élèves de l'école normale la pédagogie sous forme appliquée et à leur fournir l'occasion de s'exercer à l'enseignement; ensuite, à offrir dans ce but le modèle d'une école primaire conforme à la loi du 24 janvier 1834. Pendant la première année de leur séjour à l'école normale, les élèves ne devaient point participer aux exercices de l'école modèle, mais pendant les derniers six mois de la seconde année ils assistaient fréquemment aux leçons comme auditeurs. Durant la troisième année ils enseignaient dans les différentes classes, et enfin, dans les derniers temps, ils pouvaient être appelés à diriger l'école entière, le tout sous la surveillance et la direction du régent.
M. L. Rambert avait été nommé régent de l'école modèle. Ce choix présentait bien des garanties. M. Rambert était un homme d'une âme élevée, plein de conscience et de loyauté, ferme, actif, exact, habitué dès longtemps à l'enseignement et possédant ce qui en fait la matière, propre essentiellement à former des caractères d'une trempe énergique et des cœurs droits. Aussi son école obtint promptement une haute estime dans le public et le nombre des enfants inscrits pour l'admission fut toujours considérable. Toutefois l'école modèle rencontra des difficultés qu'elle ne put surmonter entièrement et qui entraînèrent sa ruine *.
Le directeur de l'école normale, M. Gaulhey, avait été chargé de Téducalion religieuse dans l'établissement. Il y pourvoyait
• Conf. Gauthey, De l'école normale, etc., pag. 26 à 28.
par un culte journalier et par une instruction spéciale. Quelques personnes exprimèrent la crainte que ces leçons n'eussent une tendance étroite et exclusive. Et même, en 1836 déjà, la salle des séances du grand conseil retentit d'accusations aussi vagues qu'injustes contre l'esprit de l'enseignement religieux donné dans l'école. On avança, par exemple, que i l'on faisait faire, dans l'école normale, des compositions qui étaient de vrais pamphlets d'une intolérance extrême. » On prélendit encore que « les élèves qui faisaient semblant d'être méthodistes,, quoique sans aucune capacité, réussissaient. » On affirma enfin, contre toute vérité, que « les catholiques s'étaient bien gardés de profiter de cette école vu sa tendance. » Il n'est pas nécessaire, pour expliquer ces attaques contre l'école normale, de rappeler à nos lecteurs l'évolution politique qui s'accomplissait dans ce temps-là déjà, au sein de nos conseils et de nos populations. M. Gauthey se contenta alors de déclarer qu'il enseignait sans esprit de système, se bornant à suivre l'Evangile dans ses récits, dans ses préceptes, dans ses promesses, conformément aux doctrines de l'église nationale pour laquelle il avait un sincère attachement.
Malgré les excellentes raisons que M. Gauthey pouvait avancer pour couvrir l'école normale contre les attaques de ceux qui l'accusaient de travailler à replonger la nation dans les ténèbres des siècles d'ignorance et de superstition l, le grand conseil, dans sa session du printemps de 1839, n'en entendit pas moins un de ses membres déclarer que les fruits de l'école normale étaient mauvais ; que la tendance religieuse y était exclusive et étroite.
Que trouvait-on à reprendre dans l'esprit de la direction de
1 Nouvelliste vaudois, 26 mars 1839. — M. le conseiller d'état E. de la Harpe attaquait alors très vivement dans, le Nouvelliste les doctrines religieuses de l'école normale. Il lui fut répondu, dans ce môme journal, par MM. Gauthey, Edouard et Frédéric Chavannes, directeur et maîtres de l'école.