‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 21 sur 173 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pleine de prudence. Toutes les autorités y sont intéressées et la plus petite école est liée, comme la plus grande, avec les premières autorités du canton. Toutefois, le projet proposait deux fondions nouvelles, une inspection centrale des écoles par des délégués du conseil de l'instruction publique, et une inspection locale faite par des commissions communales.

L'Exposé des motifs se terminait par des considérations pleines d'élévation philosophique et animées du souffle d'un vrai libéralisme, sur la liberté d'enseignement, ou le droit dont jouit chaque citoyen d'ouvrir une école. Le rapporteur considérait ce droit comme une garantie de la liberté, et il combattait les craintes exprimées à cet égard par plusieurs et le système protectionniste pour les écoles légales

Le projet de loi sur les écoles publiques primaires* fut admis par le grand conseil, après quelques modifications de peu d'importance5. Les principes qui, à partir de 1830 surtout pénétraient de plus en plus dans les esprits sur la liberté individuelle et particulièrement sur la liberté religieuse , ne pouvaient manquer d'imprimer leur cacheta la loi nouvelle. À cet égard, il est intéressant de constater de quelle manière le projet de loi et l' Exposé des motifs avaient envisagé la religion, comme objet d'enseignement.

1 Conf. Exposé des motifs du projet de loi sur les écoles primaires, il pag. in-i. 1S33. * 30 pag. in-4.

3 M. Gindroz réimprima son rapport sons ce titre: De l'instruction publique dans le canton de Yaud. Lausanne, 1834. (Marc Ducloux, 127 pages.) Mais l'auteur eut soin de mettre le premier travail en harmonie avec les décisions du grand conseil. Dans sa brochure, il développait plusieurs des points essentiels de la loi et il terminait par une conclusion sur l'importance d'une bonne loi sur les écoles primaires pour le développement général des institutions libres.

46 livre vin.

Ici, nous ne saurions mieux faire que de citer l'exposé luimême. Voici comment il s'exprime sur ce point :

L'enseignement religieux occupe incontestablement la première place dans l'éducation, non pas sans doute par le nombre des heures que l'on peut lui consacrer chaque jour, mais par l'influence qu'il est destiné à exercer sur toute la vie, sur l'homme tout entier. Une instruction étendue et variée, une haute culture intellectuelle, en un mot, ce que l'on appelle aujourd'hui les lumières, n'offrent point une garantie suffisante pour la vertu et la moralité, lorsqu'elles ne sout pas unies à des croyances morales solides; il faut même oser dire que les lumières de l'esprit, quand elles sont isolées des lumières de la conscience, sont trompeuses et funestes : elles rendent l'homme plus ingénieux et plus puissant dans le mal, et leur danger est d'autant plus à craindre qu'il est caché par les illusions de l'amour-propre et les succès de la vie extérieure.

L'éducation doit donc réveiller et développer la conscience morale, comme toutes les autres facultés dont Dieu a doué nos âmes, et c'est uniquement par une harmonie intime des lumières de l'esprit avec la lumière morale de la conscience, que l'on introduit dans les sociétés humaines des principes de stabilité, d'ordre et de progrès.

La religion est aussi un moyen d'éducation, dont un instituteur sage et expérimenté peut faire un usage qui ne lui laissera jamais de regrets; les enfants sentent dès leurs premières années la force des motifs religieux employés à propos, avec discrétion et réserve.

Nous n'entendons point ici par religion des notions générales, vagues, sur la divinité, sur notre âme, sur une vie future, mais la doctrine positive et efficace du christianisme. Nos écoles seront donc des écoles chrétiennes, non-seulement par fidélité à notre constitution vaudoise, mais parce que le christianisme seul a mission de régénérer les hommes et les peuples. Au surplus, nous ne pensons point que l'éducation chrétienne soit tout entière l'œuvre de l'école; elle commence et se continue longtemps sous le toit domestique. Le pasteur, de son côté, donne plus expressément et plus régulièrement ce que l'on appelle l'instruction religieuse. Mais l'école a aussi sa tâche à remplir; l'enfant y puise des principes religieux qui exercent une influence d'autant plus marquée qu'ils se lient étroitement avec les premiers développements de l'intelligence, les premières émotions du cœur, et surtout avec ces moments de bonheur, de vivacité et d'enthousiasme qui n'appartiennent qu'aux premières épo-

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