CHAPITRE II
étend son influence jusque sur les objets qui ne sont pas la religion; qu'ainsi, tout en respectant Tordre extérieur de l'école, il en détruit l'harmonie intellectuelle. Mais cet inconvénient a paru compensé par les avantages indiqués plus haut1. »
Le grand conseil, admettant les motifs à l'appui de l'article proposé par la commission, statua que, sur la demande expresse des pères de famille, les enfants pourraient être dispensés de l'enseignement de la religion dans les écoles, lorsque, toutefois, les motifs qu'ils présenteraient auraient été approuvés parle conseil de l'instruction publique2.
« Ce qui caractérise notre instruction scolaire de 1834, c'est sa tendance beaucoup plus humanitaire qu'aucune de celles qui l'avaient précédée. L'école se sécularise toujours davantage. Son programme d'étude est très enrichi. Elle n'est plus sous l'unique -surveillance des pasteurs, et les commissions d'écoles lui imprimeront une tendance plus générale. Cependant le législateur n'entend point abandonner l'élément religieux; les pasteurs continuent à exercer dans les commissions d'écoles leur légitime part d'influence et l'enseignement de la religion figure en tête du programme. Il sait que c'est là que se trouve le foyer de la vie, le vrai moyen de faire du régent, non-seulement un instituteur de quelques sciences plus ou moins bien apprises, mais de plus un éducateur du cœur humain. Il sait que c'est dans le principe religieux que le régent trouvera son grand moyen d'influence dans l'acquit de ses fonctions, sa force au milieu des peines inhérentes à sa vocation, sa consolation au jour de l'épreuve5. »
Dans la période de notre histoire cantonale qui nous occupe, période de jeunesse et de vie, une forte impulsion fut donc
* Exposé des motifs, pag. 13, U
* Voir, dans cette histoire, toni. III, pag. 173, la discussion dans le sein du grand conseil.
* Ch. Archinard, Histoire de l'instruction publique dans le canton de Vaud, pag. 91. 95. Lausanne. 1870.
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donnée à l'instruction primaire et de grands progrès furent réalisés sur ce point 4. Mais peut-être les hommes qui excitaient ainsi, dans le canton de Vaud, la plus noble émulation pour favoriser le développement intellectuel de notre peuple, étaientils, par leur culture personnelle et par leurs doctrines, en réalité trop au-dessus de ce peuple pour se rendre un compte bien exact de ce qu'on pouvait légitimement attendre et exiger de lui. Les déceptions ne devaient pas leur être épargnées.
ARTICLE II. LES ÉCOLES MOYENNES OU INDUSTRIELLES ET LES COLLÈGES CLASSIQUES.
Loi de 1834 sur les écoles moyennes. — Liberté de l'enseignement religieux. — Réorganisation du collège académique. — Loi de 1837. — Les collèges communaux. — Les collèges-écoles moyennes. — Influence religieuse du personnel enseignant.
Sous l'empire de besoins nouveaux créés parmi nous par le développement de l'industrie, du commerce et de l'agriculture, et parla place toujours plus grande faite aux classes moyennes dans la société, on sentit la nécessité d'une instruction plus étendue et plus élevée que l'école primaire ne pouvait en fournir. Le 24 décembre 1834, le grand conseil vota la loi sur les écoles moyennes dont le but était clairement défini par l'article premier : « Les écoles moyennes ou industrielles sont destinées aux jeunes gens appelés à donner plus de développement à l'instruction qu'il ont reçue à l'école primaire, sans faire toutefois des études scientifiques proprement dites. »
Les objets d'études rentrant dans le programme des écoles moyennes étaient assez nombreux, mais il est à remarquer que l'enseignement religieux n'y était pas compris. A la vérité, les communes qui établirent de semblables écoles chargèrent un des
* Conf. Rapport sur la gestion du conseil d'état en i840, présenté au grand conseil du canton de Vaud en mai 1811, pag. 21.