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ARTICLE III. L'ACADÉMIE DE LAUSANNE

Réorganisation et sécularisation de l'académie. — Transition. — Fin de l'ancienne académie. — Yinet appelé comme professeur de théologie, à Lausanne. — Ses luttes. — Son installation. — Son discours de réception. — La nouvelle académie. — Influence de Yinet sur la jeunesse académique.

Un fait de la plus haute importance, mais dont la constitution

1 De l'instruction supérieure par rapport au canton (le Yaud. Discours prononcé aux promotions du collège académique, le 17 juin 183G. Lausanne, 1837. 32 pages.

de 1831 avait fait une obligation, était la réorganisation et la sécularisation de l 'académie de Lausanne. Jusqu'alors l'académie avait été essentiellement un séminaire théologique avec une modeste faculté de droit. Comme corps chargé de la direction de l'église et de la consécration des ministres, elle avait toujours eu un caractère ecclésiastique très prononcé. La loi du 21 décembre 1837 devait modifier profondément cet état de choses. Dans V Exposé des motifs présenté le 29 novembre précédent au grand conseil , on faisait remarquer « qu'une conséquence assez importante de la nouvelle organisation de l'enseignement supérieur serait la séparation de l'église et de l'académie. » Et YExposé ajoutait: « Il devient dès lors nécessaire de pourvoir à cette partie des fonctions actuelles de l'académie qui sont essentiellement ecclésiastiques, telles que la consécration des ministres, etc. Ces fonctions appartiennent naturellement aux autorités ecclésiastiques ; mais comme notre église nationale n'est pas encore réorganisée, il a paru plus convenable de les confier provisoirement à une commission composée de professeurs de la faculté de théologie et de deux* citoyens nommés par le conseil d'état. »

La commission ecclésiastique chargée ad intérim d'administrer les intérêts de l'église fut en effet composée de MM. Vinet, Dufournet, Chappuis, Herzog, professeurs en théologie, et de MM. Gttisan, Vnlliemin et Rivier. La nouvelle loi sur l'académie devait entrer en vigueur l'année suivante, soit en 1838.

L'académie, comme corps scientifique, était divisée en trois facultés ; celle des lettres et sciences, celle de droit et celle de théologie. Placée sous l'autorité supérieure du conseil de l'instruction publique et du conseil d'état, elle était présidée par le recteur. Le corps des étudiants était réorganisé et jouissait d'un certain pouvoir pour le maintien dans son sein de la

1 Ou plutôt trois.

discipline et des bonnes mœurs. Le nombre des cbaires était notablement augmenté, et l'on établissait trois classes de professeurs (ordinaires, extraordinaires et honoraires).

« La nouvelle organisation académique réalisa certainement un grand progrès. La sécularisation était un besoin senti depuis longtemps. Puis on trouve dans le nouvel établissement un ensemble scientifique et systématique qui n'avait jamais existé. La répartition des chaires en facultés imprima aux diverses espèces d'enseignements plus de consistance et de vie. Un intérêt nouveau, celui de chaque faculté, était ainsi créé ; les questions qui pouvaient se présenter étaient plus mûrement examinées *. »

Le passage de l'ancienne académie à la nouvelle ne devait point s'accomplir sans secousses. Il y eut alors ce qu'on put appeler avec raison un coup d'étal déguisé et un dangereux précédent. A la date du 23 octobre 4838, le conseil d'état écrivit à l'ancienne académie qui subsistait encore, que la nouvelle académie créée par la loi du 21 décembre 1837 entrerait en fonctions le 1er novembre suivant, et que les fonctions des membres actuels cesseraient à la même époque. Le conseil remerciait les membres de l'académie pour les services qu'ils avaient rendus à l'enseignement pendant le cours de leur carrière académique. Conformément à celte communication, MM. les professeurs Monnard, Dufournet, Yinet, Herzog et Chappuis se réunirent quelques jours après, afin de pourvoir aux premières mesures d'exécution de la loi. Le 31 octobre, l'ancien corps académique s'assembla pour la dernière fois. Après le règlement de quelques affaires, le recteur déclara la séance close et annonça ainsi la fin des travaux et de l'existence de l'académie fondée en 1536".

* Ch. Archinard, Histoire de l'instruction publique, pag. 120, 121.

* Procès-verbaux de l'académie, 30 et 31 octobre 1838.

Une commission de neuf personnes, composée de membres du conseil de l'instruction publique et de citoyens élus par le conseil d'état, avait été chargée de préparer la première nomination de professeurs. Quelques-uns des anciens professeurs furent de nouveau élus par vocation, mais la plupart des chaires furent mises au concours et trois ou quatre des anciens titulaires ne furent pas réélus, entre autres J.-J. Porchat, l'aimable fabuliste. Juste Olivier lui-même, quoique fort aimé des étudiants, courut un moment le danger d'être écarté. Les professeurs tombés avec l'ancienne académie reçurent bien une pension de retraite ou une indemnité, la mesure qui les sacrifiait n'en était pas moins radicale; elle n'avait égard ni à l'âge, ni aux antécédents, ni aux services rendus. C'était là le côté dangereux de la loi; en considérant l'académie qu'elle instituait comme un établissement tout nouveau, elle rompait le lien historique et permettait au gouvernement de changer à son gré le personnel enseignant, sans avoir cependant l'air de destituer personne. On devait s'en souvenir plus tard.

En même temps que s'élaborait la nouvelle loi académique, il s'accomplissait un fait d'une importance extrême pour le mouvement religieux dans le canton de Vaud. Nous voulons parler de l'appel adressé à Yinet, et accepté par lui, comme professeur à l'académie de Lausanne1.

En février 1837, le professeur Alexandre Leresche avait pris

1 II ressort d'une lettre de M. Yinet à M. Théodore Rivier, alors préfet de Lausanne, lettre du 12 septembre 1834, que, déjà à cette époque, le second avait engagé le premier à se présenter pour la chaire de théologie systématique vacante à l'académie

de Lausanne. M. Vinet répondait : « Je ne suis propre en aucun sens à la place

que vous me proposez ; et le degré de mon inaptitude est tel que je ne puis pas me tromper à ce sujet. Je ne vous ennuierai pas par des détails. Mais permetlez-rnoi de

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