‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 27 sur 173 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

sa retraite et laissé vacante la chaire de théologie pratique qu'il occupait depuis de longues années. De l'aveu de tous, nul, mieux que Vinet, n'était qualifié pour lui succéder. Aussi, dès les premiers jours, la commission académique chargée de prendre des mesures pour la repourvue des chaires théologiques alors en souffrance proposait-elle d'appeler Alexandre Vinet à en occuper une. Le conseil d'état ayant écrit à ce dernier, en reçut une réponse affirmative qu'il transmit aussitôt à l'académie par le canal de son déparlement de l'intérieur et du conseil de l'instruction publique. M. Vinet lui-même ne tarda pas à écrire à l'académie, en lui exprimant la satisfaction qu'il éprouvait à se joindre à ses travaux l. La nouvelle de cette nomination avait été accueillie avec une satisfaction générale. Avant même que l'on connût la décision à laquelle Vinet s'arrêterait, on faisait des vœux pour qu'il acceptât. La Gazette de Lausanne s'exprimait en ces termes : « L'acquisition d'un homme de ce talent ei de ce caractère donnerait une vie nouvelle à l'enseignement théologique. Espérons que la haute considération dont M. Vinet jouit à Baie, et les avantages qui lui sont assurés dans cette ville, ne l'empêcheront pas de répondre à la vocation que lui adresse maintenant le pays qui l'a vu naître et auquel on assure qu'il est vivement attaché2. » En cédant à l'appel qui lui était adressé de Lausanne, Vinet

vous répéter un nom que vous m'avez entendu prononcer lors de votre visite : c'est celui de M. Sécrelan, de la Haye: Son ouvrage vient de paraître (Sermons sur quelques textes de l'Ecriture sainte, voir pag. 212. 213 du loin. 111 de cette histoire) comme à point nommé ; vous l'aurez lu peut-être. 11 n'y a point de théologien si Sécrelan n'en est pas un. J'ai la confiance que ce sera le jugement des connaisseurs, et que la lecture de ce volume portera vers l'auteur les regards et l'espérance de ceux qu'intéresse la repourvue de théologie. Sécrelan, fort attaché à sa paroisse, n'a pas voulu concourir, mais un appel, ou quelque chose d'analogue, le déciderait peut-être, et j'ose croire que le problème serait résolu à la satisfaction générale et pour le plus grand bien de l'église et du pays. ...»

1 Procès-verbaux de l'académie, 18 avril, 9 mai, 20 juillet 1837.

* Gazette de Lausanne, N° 35, 2 mai 1S37.

allait devenir le collègue, dans la faculté de théologie, du professeur Dufournet qui, depuis bien des années déjà, occupait la chaire d'exégèse hébraïque, et de MM. Samuel Chappuis et Herzog-Socin que le conseil d'état devait nommer définitivement le 26 septembre 4838, le premier, comme professeur de théologie systématique, le second, comme professeur de théologie historique l.

Ce ne fut pas sans de rudes combats intérieurs que Vinet se résolut à quitter cette ville de Bâte où il avait passé vingt années, et des meilleures années de sa vie, et où, après des débuts difficiles, il avait reçu tant de témoignages d'amitié et

1 Sans céder ici à la tentation de parler un peu longuement de la nomination de M. Chappuis à la chaire de dogmatique, nous pensons cependant que les amis du regretté professeur nous sauront gré de leur communiquer quelques extraits de sa correspondance à cette époque. Il écrivait à M. A. de Mestral, étudiant en théologie, à Berlin, les lignes suivantes :

Lausanne, 8 janvier 4838.

« Je me prépare à concourir pour la dogmatique. Je ne sais pas si d'autres

personnes se présenteront. Je ne connais encore personne. Mais j'ai lieu de croire que l'on se défie beaucoup de moi et que l'on redoute de me voir devenir professeur. Cela n'est pas général, mais cela vient de personnes fort considérables. On me cherche des concurrents et on a sollicité M. Pilet, de l'école de théologie à Genève, de venir se mettre sur les rangs. Je ne serais pas fâché d'avoir un concurrent. Cela me mettrait à mon aise et déciderait pour moi bien des questions qui, sans cela, resteraient plus complètement abandonnées à la décision de l'expérience, à supposer que l'issue des épreuves fût favorable pour moi. Je ne sais pas quand les épreuves auront lieu. La loi établit, dans ses dispositions transitoires, une commission chargée de mettre les choses en train, et cette commission n'est pas encore nommée. Le conseil d'état a nommé samedi M. Pidou membre du conseil d'instruction publique, en remplacement de M. Espérandieu qui est devenu juge d'appel. M. Pidou avait refusé une première nomination, mais il acceptera cette fois, au moins en attendant ce que l'on fera de lui dans la prochaine réorganisation de l'académie. Toutes les places sont déclarées vacantes ; mais comme le gouvernement a le droit d'appeler sans concours des hommes distingués, je ne doute pas que les anciens professeurs ne soient rappelés en masse. Vous savez que l'on n'est pas dans l'habitude chez nous de destituer quelqu'un pour cause d'incapacité. On dit d'ailleurs que les professeurs ne se soumettraient pas à de nouvelles épreuves. Ceux qui ne seront pas compris dans la nouvelle organisation seront indemnisés. ...»

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