‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 30 sur 173 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Le recteur de l'académie, M. J.-J. Porchat, prononça ensuite un discours plein de la grâce et du charme qu'il savait mettre jusque dans celles de ses productions qui semblaient devoir rester le plus étrangères à ce genre de mérite. Ce discours renfermait du reste d'excellentes choses sur la vocation du pasteur et sur la prédication. Enfin Vinet se leva. Tous les regards étaient fixés sur ces traits fatigués et portant l'empreinte de la souffrance; toutes les oreilles étaient ouvertes pour écouter la parole de cet homme sur lequel reposaient de si grandes espérances. Vinet tira de sa poche un petit cahier et, de cette voix qu'on ne se serait point lassé d'entendre, il lut un discours remarquablement serré, concis, abondant en idées et plein d'une franchise toute chrétienne. « En quoi les circonstances du temps ont-elles modifié la prédication? et que peut à son tour la prédication sur ce même état qui l'a modifiée ? » Telle était la double question à laquelle Vinet fit une réponse que l'on pouvait et que l'on devait envisager comme une confession de foi et un programme.

Toute époque, disait Vinet, a ses caractères, et, à ses yeux, le fait qui caractérisait le moment d'alors était le mouvement religieux. Il n'aurait pu venir à l'idée de personne de nier ce mouvement que l'on désignait généralement par le nom de réveil. La question posée se précisait donc en se resserrant et devenait celle ci: « Qu'est-ce que la prédication a reçu du mouvement religieux et que peut-elle lui donner à son tour? »

On voit que Vinet se plaçait d'entrée sur le vrai terrain. La question qu'il posait était précisément celle que tout le monde s'attendait à lui voir aborder et sur laquelle aussi sa réponse devait faire autorité.

Après avoir rappelé que, dans notre église, Jésus-Christ

n'avait jamais été ni enveloppé du linceul de l'oubli, ni dérisoirement revêtu du manteau de Socrate; que son saint nom, jamais blasphémé, avait toujours été parmi nous adoré et béni ; après avoir rendu un légitime hommage sur ce point aux Réal et aux Curtat, Vinet reconnaissait hautement dans le temps présent un progrès sur le passé, un mouvement de réforme et de rénovation. C'est au moyen de la prédication que ce mouvement s'était communiqué de proche en proche, mais la prédication n'en étant pourtant pas le principe, il était permis de chercher jusqu'à quel point et dans quel sens il l'avait modifiée. Celte prédication était devenue plus intimement biblique; elle avait fait abonder dans les chaires, d'où elle ne descendait plus que goutte à goutte, la parole inspirée ; l'évangile avait coulé à pleins bords dans nos églises, rafraîchissant à la fois l'éloquence du ministre et l'attention de ses auditeurs.

Mais partout se retrouve l'humaine faiblesse, et l'intellectualisme était le piège dans lequel pouvaient se laisser entraîner des esprits enchantés d'une religion parfaitement liée et qu'ils étaient tentés de traiter comme un syllogisme parfait. De là un abus dont on ne pouvait méconnaître la gravité; un peu de ce rationalisme, si vivement attaqué par l'orthodoxie, devenait un des caractères de l'orthodoxie nouvelle. Mais cet abus constaté était loin cependant de balancer, dans la prédication, l'incontestable mérite d'un enseignement plus systématique. La parole du prédicateur est devenue plus énergique, plus vive, plus incisive. De là, les émotions, les rumeurs, les troubles, les déchirements mêmes qui ont accompagné la prédication nouvelle.

Le mouvement religieux avait agi profondément sur la prédication. A son tour, la prédication avait réagi sur le mouvement. Mais en quoi la chaire pouvait-elle servir ce dernier? En le perfectionnant et en l'accréditant. Lorsque le mouvement religieux s'étendit, il fallait qu'il s'épurât. Et ici, Vinet faisait

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