‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 32 sur 173 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

taient, en sortant de la grande salle de la bibliothèque, plusieurs des auditeurs de Vinet.

Le soir de ce jour, une petite fête était donnée à Vinet par ses nouveaux collègues, et, dans de gracieuses et aimables strophes, M. Porchat lui souhaitait la bienvenue au milieu d'eux

La nouvelle académie, créée par la loi de 1837 et ouverte en novembre 1838, ne fut officiellement installée que le 7 janvier 1 839. M. le conseiller d'état .laquet présidait la cérémonie. Autour de lui étaient venus se ranger les membres du conseil d'état, ceux du conseil de l'instruction publique, les professeurs confirmés ou nouvellement élus et les instituteurs du collège cantonal. Une foule nombreuse, attirée par l'intérêt que devait offrir une semblable cérémonie, s'était jointe aux étudiants et aux élèves du collège.

Le discours de M. Jaquet, plein de sagesse et d'élévation, exposait les motifs qui avaient décidé les autorités supérieures à adopter le principe des études libres, principe dont l'orateur montrait les avantages et les dangers tout en insistant sur ce fait qu'on avait voulu perfectionner et non changer la vie nationale vaudoise.

Au président du conseil d'état succéda le recteur de la nouvelle académie, M. le professeur Monnard, qui se plut à retracer avec vérité et avec vie les diverses phases de l'histoire de l'académie de Lausanne. La réforme scolaire qui venait de s'accomplir fournit à l'orateur l'occasion de relever les deux caractères

1 Voir, dans les Souvenirs poétiques, la pièce intitulée : Les beaux jours. Si M. Porchat sut trouver des accents émus pour saluer l'arrivée de Vinet, les procès-verbaux de l'académie sont en revanche d'un laconisme tout démocratique. Le récit de l'installation du nouveau professeur y occupe juste une ligne !

principaux de celte réforme, Yuniversalité et la nationalité.

Après MM. Jaquet et Monnard, M. Solomiac, directeur du collège cantonal, sut encore captiver l'intérêt en exposant sommairement la marche nouvellement adoptée pour les études, en même temps qu'il fit l'apologie de la discipline introduite dans le collège placé sous ses soins1.

L'enseignement supérieur institué par la loi de 1837 fut, de l'aveu général, une des gloires du canton de Vaud pendant la période que nous étudions. L'académie renouvelée était devenue le centre et le foyer d'une vie intellectuelle très réelle. On voyait alors une jeunesse nombreuse, sympathique se presser autour des Vinet, des Ghappuis, des Monnard, des Vulliemin, des J. Olivier, des Ch. Secrétan, etc. Epoque de prospérité qui a profondément marqué dans l'histoire de notre vie nationale! A la vérité, la direction des études était plus littéraire que scientifique ; c'était sans doute l'héritage du passé qui, conformément à certaines tendances du caractère national, avait favorisé une prédilection particulière pour les sciences morales et théologiques, pour les branches de la philosophie morale et spéculative. La réaction, tentée par la nouvelle répartition des chaires, ne pouvait être instantanée; elle devait se faire plus tard, trop fortement, pensons-nous, et non sans grands déchirements intérieurs. Peut-être les réformes accomplies dans ce domaine avaient-elles un caractère trop absolu et exclusif; peut-être ne répondaient-elles pas exactement aux dispositions réelles du pays. Ainsi s'expliquerait, en partie du moins, l'impopularité dont l'académie de Lausanne fut promptement frappée. C'est ce que la suite de cette histoire nous dira probablement d'une manière plus précise ; nous ne nous y arrêterons donc point pour le moment.

1 Discours prononcés à l'installation de l'académie et du collège cantonal. Publiés par décision du conseil d'état. Lausanne, Ducloux, 1839. 62 pages.

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