CHAPITRE I
eu une grande réputation et dont les connaisseurs font grand cas. M. Bauty est un homme de beaucoup de talent et consciencieux.
De compte fait, voilà d'un côté deux ministres et un avocat pour les idées dites nouvelles (elles ne Me sont pas pour moi), et de l'autre, deux avocats et un ministre pour ce qu'on appelle l'église nationale. Nous les verrons à l'œuvre.
Pour moi qui n'adopte aucune des idées puritaines qui sont de nouveau en vogue et qui pense que leur propagation tend h faire reculer la civilisation, je tremble pour l'avenir.
L Hermite de la Tour de Gourze '.
Conformément au prescrit de la constitution et à l'arrêté du conseil d'état, il ne s'agissait nullement de discuter la grande question de l'union de l'état avec l'église. En réalité, la tâche de la commission législative consistait simplement à réviser les Ordonnances ecclésiastiques de 1773. C'est ce que M. Bauty, en particulier, se résolut d'entrée à opposer aux innovations qu'il s'attendait à voir surgir autour de lui. L'un des motifs qui poussaient ce pasteur à agir ainsi était que les ordonnances garantissaient dans les paroisses la position des pasteurs et suffragants réveillés. Un ministère consciencieusement exercé étant encore dans tout le canton une cause d'impopularité, les paroisses n'auraient pas manqué d'écarter les ministres du réveil, et M. Bauty pensait qu'une fois l'église démocratisée, on enlèverait tout aux ministres fidèles, confession de foi, rang d'ancienneté, etc. A la vérité, le conseil d'état montrait à ces pasteurs delà déférence; cependant il renfermait aussi dans son sein quelques adversaires des ministres, entre autres Druey, qui ne devait pas tarder à donner tant de preuves de son hostilité. Un autre conseiller grinçait les dents quand il y avait quelque affaire de ministres sur le tapis.
• L'Helvétie, N° 83, vendredi ti novembre 1835.
La première séance de la commission eut lieu le vendredi 23 octobre, dans la salle du conseil d'état. Les membres laïques n'y parurent pas. On délibéra sur la marche à suivre. M. Bridel voulait qu'on prît les Ordonnances ecclésiastiques article par article, en s'en écartant le moins possible. Mais ce pasteur devint par la suite un des défenseurs du système de la démocratie ecclésiastique. M. Burnier conservait les idées qu'il avait déjà émises dans sa Discussion publique, mais il sentait qu'on était bridé. M. Bauty, se déclarant d'entrée partisan du système épiscopal, voulait, comme M. Bridel, qu'on suivît les Ordonnances article par article. Il ne doutait point que les vues de M. Burnier ne fussent adoptées par la commission et le conseil d'état, mais il pensait qu'elles trouveraient leur correctif dans le peuple chez lequel régnait alors une irritation profonde. M. Bauty, très frappé de cet état du pays, accusait plusieurs de ses collègues de considérer les questions seulement in abstracto. Tandis que M. Burnier et ses adhérents s'appliquaient, disaientils, à consulter les principes, M. Bauty portait toute son attention sur les faits. On était alors sous le charme de ces théories qui, tenant peu de compte des réalités, prétendaient qu'on devait élever le peuple jusqu'à soi, sans qu'il fût besoin de faire quelques pas au-devant de lui. De là le nom de doctrinaires donné aux hommes infiniment respectables du reste et supérieurs qui ont gouverné le canton de Vaud de 4830 à 1845 *. La masse des anciens pasteurs était opposée à l'idée d'une démocratie ecclésiastique, et la confiance qu'ils témoignaient à M. Bauty donnait à celui-ci, plus qu'il ne l'aurait voulu, l'air d'un chef de parti. Il eut tort du reste de s'appuyer trop sur eux et d'adhérer à la proposition d'organiser un comité de surveillance pour aviser et prendre les mesures que la tournure des événements commanderait.
1 M. deTalleyrand disait des doctrinaires français : « Ce sont des gens qui demeurent entre cour et jardin, et ils ne voient jamais dans la rue. »