CHAPITRE I. SI
Dans la réunion du 3 décembre, MM. Bauty et Nicole furent chargés l'un et l'autre de la rédaction des questions qui serviraient de base au travail de la commission. M. Nicole fut ainsi l'auteur d'un premier Essai d'un programme de questions, etc.1 . Ce travail étant tout à fait dans le sens du programme préparé par M. Burnier, fut adopté et celui de M. Bauty rejeté.
M. Bauty, tout en pensant qu'on pouvait, en définissant chrétiennement le libre examen, se passer de confession de foi, s'était opposé à ce qu'on mît en question la confession de foi helvétique. Ses collègues ne pouvaient comprendre le danger qu'il y avait à le faire dans ce temps-là. Cependant MM. Jayet etGuisan prétendaient que la constitution ne tranchait pas la question de la confession de foi. M. Burnier lui-même pensait que la confession n'était pas garantie, tandis que MM. Nicole et Bridel croyaient à cette garantie. Du reste, rien de plus nul que ce que la commission de la classe d'Orbe et Yverdon avait envoyé à M. Bauty pour le diriger dans la rédaction de ses questions. \\ était évident que ces messieurs n'y comprenaient rien.
Le projet Burnier amendé parut sous le titre de Programme des questions à traitèr par la commission nommée le 8 octobre 1835, pour préparer le projet de loi qui doit remplacer les Ordonnances ecclésiastiques et régler les rapports de l'état et de V église*.
La publication, par la voie de la presse, de ce programme de questions, était un appel direct à l'opinion publique, une invitation positive à prendre part au débat. Depuis seize mois qu'elle existait, la commission législative n'avait pas encore
1 Manuscrit de 8 pages in-folio.
* Lausanne, Blanchard frères, juillet 1836. 34 pages.
MOUVEM. RELIG. IV. 6
donné signe de vie et l'on ignorait généralement au dehors où en étaient ses travaux. Peu de personnes répondirent à cet appel, et, véritablement, ce n'était pas chose facile. Cependant, en novembre 1836, M. le professeur Vinet adressait à la commission une sorte de mémoire, court et substantiel, dans lequel il exposait ses vues sur la future organisation de l'église nationale. Ce travail, qui porte, nous n'avons pas besoin de le dire, le cachet du maître, était moins une réponse directe au programme de la commission, que la réponse que M. Vinet s'était faite à lui-même, déjà avant d'avoir connaissance des questions posées.
L'idée originale du Programme était évidemment l'intervention des laïques dans le gouvernement de l'église4. En posant ce principe capital, la commission avait fait une véritable révolution, mais une révolution nécessaire, car sans cela il aurait fallu renoncer même à une simple réforme. Toutefois, la difficulté n'était pas tant de poser le principe comme de le réaliser. Quelle serait donc la marche à suivre? « Mon attention, répondait Vinet, se porte tout premièrement sur la paroisse, qui est ce qu'il y a de plus réel, de plus intime dans l'église; la paroisse est la vraie église... L'église sera ce que seront les paroisses. » La première chose à faire était par conséquent d'établir des institutions paroissiales solidement et rationnellement fondées. Seulement, la situation ecclésiastique exigeait que, pour procéder dans la suite du bas en haut, c'est-à-dire de la paroisse au synode, on suivît la marche inverse et que l'on commençât par
1 a) Doctrine. En maintenant l'église évangélique réformée dans son intégrité^ l'article 9 de la constitution a maintenu ses livres symboliques actuels et avec eux le droit inhérent à l'église de déterminer ses livres symboliques.
b) Gouvernement de l'église. Les laïques interviendront dans l'administration de l'église d'après des formes représentatives.
Les autres questions, posées par le programme et présentées sous leurs diverses faces, concernaient : c) le culte; d) la discipline de l'église; e) les frais de culte et de gouvernement de l'église.