CHAPITRE I
le haut, c'est-à-dire par la création des institutions générales. L'ordre politique ne saurait servir de modèle à l'ordre ecclésiastique, a Ce qui a lieu maintenant, ou ce qui se prépare, disait Vinet, ce n'est pas une seconde constitution de l'état, c'est le dégagement d'un corps jusqu'à présent entrelacé dans le tissu de l'institution politique et confondu avec elle ; c'est la reconnaissance, au moins implicite, de la distinction des deux sociétés, politique et religieuse. »
A la vérité, le pouvoir politique aurait pu renoncer à tout rapport avec l'église et celle-ci se serait formée de bas en haut, elle serait partie de l'individu. Mais le gouvernement, ayant devant lui tout un corps d'idées, d'habitudes, de souvenirs, d'institutions, d'intérêts, et même de propriétés matérielles, qui s'appelait {'église nationale, ne voulait que donner à celle-ci un sens, une existence vraie. Ne pouvant commencer par la fin et devant proportionner les progrès de la démocratie aux progrès de la spiritualité, « il fallait d'abord qu'il préparât les voies à un ordre de choses qui, bien qu'excellent à sa date, n'aurait été, au point de départ, qu'un désordre. Il fallait qu'il fît d'abord ce que plus tard le peuple de l'église serait appelé à faire. » Tout cela constituait une œuvre transitoire , un apprentissage de nouvelles institutions. M. Vinet supposait donc qu'un premier synode, formé des doyens des classes, des professeurs de théologie et de laïques choisis par le conseil d'état, pourvoirait, par délégués, dans chaque paroisse, sur la présentation multiple du pasteur, par exemple, à la formation du conseil de paroisse ou consistoire. C'est ainsi que l'on descendrait pas à pas vers le peuple de l'église, appelé à se préparer et à se former sous l'influence de ces diverses autorités ; puis, à partir de la mise en vigueur de la loi, les rouages commenceraient à jouer en sens inverse.
M. Vinet ne voulait pas qu'on s'effrayât de l'anomalie apparente de tous ces arrangements, ni de leur complication,
cette complication étant, dans le cas présent, la seule garantie d'un résultat pur. « La loi des sociétés vieillies est d'arriver à la règle par l'arbitraire et à la simplicité par son contraire. »
Mais qu'est-ce que la paroisse? C'est une famille, et une famille n'a qu'un père. C'est dire que la paroisse ne doit ressortir qu'à un pasteur et qu'autant il y aurait de paroisses, autant il devrait y avoir de pasteurs. A son tour, la paroisse aurait des membres actifs et d'autres qui ne le seraient pas ; aux premiers seuls, il appartiendrait d'intervenir dans les affaires de la famille ecclésiastique. Il importait de poser ce principe, car, moyennant certaines conditions, ce membre actif seul serait admis à prendre part à l'élection des membres du conseil de paroisse et à celle du pasteur. Il était évident, en effet, que la réforme ecclésiastique entraînerait l'introduction d'un nouveau mode de nomination des pasteurs. Toutefois il ne serait pas possible de remplacer immédiatement le système antérieur. Il faudrait admettre d'abord un système où une action populaire réelle serait pourtant limitée, dirigée et préavisée. Sans doute, il serait convenable de conserver dans une certaine mesure le principe d'ancienneté, bien que « l'ancienneté des services, séparée de la mesure ou de la qualité des services, soit un mérite grossier, souvent nul, quelquefois pire. »
Tels étaient les desiderata de M. Vinet à cette veille d'une réforme qui pouvait devenir une révolution. « L'esprit de mes solutions, disait-il en terminant, est à la fois un esprit de mouvement et un esprit de résistance. Je veux qu'on entre dans la voie populaire, mais, pour ainsi dire, à reculons \ Que si, contre mon espérance, la tyrannie d'une analogie trompeuse devait faire de la réforme ecclésiastique une servile contreépreuve de la réforme politique de 4831, j'aimerais mieux que
1 C'est nous qui soulignons.