CHAPITRE I
fondamental de l'association, afin d'opérer ainsi un rapprochement entre des frères d'opinions opposées sur le caractère propre de l'institution du dimanche. Ces divergences, secondaires à la vérité, ne laissaient cependant pas que de troubler parfois assez violemment la marche de la société, en donnant lieu à des débals d'une regrettable vivacité. C'est ainsi que, dans l'assemblée générale de 1838 (septembre), M. le pasteur Vulliémoz s'étant écrié : « Les hérésies des derniers jours s'aperçoivent déjà ; le rejet de l'autorité divine du jour du repos en est une, elle tend à courber de plus en plus le peuple vers la terre, à le matérialiser encore davantage, » M. le professeur S. Chappuis répondit avec dignité et avec charité à cette inconcevable sortie. M. Vulliémoz ne se tenant cependant point pour satisfait, quitta le temple de Sainte-Claire, à Vevey, où la réunion avait lieu, en déclarant que la discussion n'était pas libre1. • De tels faits ne pouvaient être que préjudiciables à l'action de la société. Il fallait donc en éviter le retour à tout prix. En conséquence, le comité, considérant qu'il devait se préoccuper de remédier aux nombreuses profanations du dimanche, plutôt que de fournir des prétextes à des discussions pénibles, se décida, en 1840, à restreindre son champ d'activité et à modifier le litre de la société. A partir de ce moment, celle-ci
1 Narrateur religieux, N° 92, 4 octobre 1838. — C'est à cette occasion que M. Chappuis écrivait de Lausanne, 9 novembre 1838, à son ami, M.Henriod, ministre à Neuchàtel, les lignes suivantes : « . . . Avez-vous entendu parler de M. Vulliémoz? C'est un pasteur vaudois, ami des principes de la société de Vevey pour la sanctification du dimanche. Cette société, dont je suis un des fondateurs, s'était tue dans l'origine sur le repos du dimanche, mais plus tard elle a proclamé que Dieu l'ordonne. M. Vulliémoz assistait ainsi que moi en septembre à l'assemblée générale de la société. Il y fit un discours que l'on peut dire frénétique, dans lequel il me disait, dans un langage assez trivial, toutes sortes d'injures théologiques. Je restai assez maître de moi pour répondre convënablement et je crois qu'on l'a généralement désapprouvé. M. Malan avait fait un discours d'une heure et un quart contre moi. 11 ne m*a pas embrassé pour le coup. 11 est vrai que je m'étais prudemment placé à distance. . . • (Allusion au fait cité, tom. III, pag. 206.)
prit donc le nouveau nom de Société vaudoîse pour V observation du dimanche *.
Les assemblées annuelles des diverses sociétés dont nous venons de parler fournissaient à beaucoup de chrétiens des localités environnantes l'occasion de se rencontrer et de s'entretenir ensemble des intérêts du règne de Dieu. Les assemblées de Lausanne, en particulier, réunissaient pendant deux ou trois jours, chaque année, un grand nombre de fidèles du dedans et du dehors, et ces réunions n'étaient jamais sans laisser après elles des impressions bénies. Là, bien des faits édifiants étaient communiqués à un public avide de les entendre ; des encouragements étaient donnés à ceux qui soutenaientle faix du jour en travaillant diversement aux œuvres entreprises par les sociétés ; des appels sérieux étaient adressés aux âmes languissantes ou endormies, et le réveil se voyait ainsi alimenté et entretenu. La jeunesse académique elle-même ne restait point étrangère à ce mouvement, et, en 1839, il se formait une société déjeunes étudiants qui se réunissaient deux fois par semaine, le dimanche et le mercredi, pour s'édifier ensemble par la prière, la lecture et la méditation de la Bible. Ces jeunes gens avaient compris que ces heures prises sur celles de leurs études ne seraient point des heures perdues, puisqu'elles serviraient au bien de leurs âmes. Signalons à ce propos l'heureuse influence exercée dès avant cette époque par M. le ministre Jayet, rédacteur de la Feuille religieuse, sur les étudiants en théologie de l'académie de Lausanne. Cet homme de cœur avait, avec ses jeunes amis, des relations très suivies, et les étudiants venaient se réconforter auprès de lui 2. II y avait alors parmi eux un beau réveil et ils étaient parfois jusqu'à quarante à s'édifier ensemble.
1 Narrateur religieux, N° 196. 3 octobre 1840.
2 M. Jayet est mort cette année même, le 22 avril, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, à Lausanne. Sa mort, aussi douce que prompte, a été un deuil pour tous ceux qui connaissaient cet homme excellent.