CHAPITRE L
idéale de cette dernière pour arriver en dernier lieu à une application plus ou moins réussie ; il faut prendre les choses telles qu'elles sont et ne pas oublier qu'il y a là un fait local, une église déjà établie et susceptible d'être améliorée sans bouleversement. Or, aux yeux de H. Curchod, le grand tort du projet consiste précisément à vouloir changer de fond en comble le système ecclésiastique pratiqué depuis l'origine de l'église vaudoise. L'erreur fondamentale est de vouloir calquer les institutions ecclésiastiques du pays sur ses institutions politiques, d'assimiler deux sociétés aussi essentiellement différentes que la société religieuse et la société civile. Cette erreur se montre dès le principe dont le projet part pour établir la représentation de l'église dans les deux corps ecclésiastiques supérieurs, le synode et la commission synodale, puisqu'il suppose que l'on est membre de ces deux sociétés par le fait de la naissance. A ce reproche capital, M. Curchod en ajoute un second, c'est que l'on n'a pas été conséquent jusqu'au bout, qu'on s'est arrêté dans cette voie au lieu de la parcourir tout entière. Ainsi l'institution des conseils de paroisse est une pure imitation des collèges électoraux, car leurs fonctions se bornent après tout à nommer les députés aux classes. Or le danger est manifeste : les garanties exigées des membres des conseils de paroisse et par conséquent des députés laïques aux classes et au synode sont tout à fait insuffisantes.
M. Curchod se demande si le projet est bien constitutionnel, et il répond négativement parce que, si la constitution maintient et garantit dans son intégrité l'église nationale évangélique réformée, le projet bouleverse le gouvernement de cette église et donne aux corps ecclésiastiques, réunis au conseil d'état, le droit d'en changer la confession de foi. Mais si, dit M. Curchod, « on se portait à une démarche aussi épineuse et aussi grave, ce ne serait que dans le but d'introduire le système rationaliste, ou une incrédulité déguisée, sous quel
qu'une de ses formes. » Ainsi l'église cesserait d'être Y église évangélique que la constitution a garantie.
Enfin, toujours selon M. Curchod, le projet est compliqué, de difficile exécution et politiquement dangereux, en ce qu'il établit et constitue fortement un pouvoir ecclésiastique qui pourrait devenir menaçant. L'influence de ce pouvoir resteraitelle toujours exactement renfermée dans le domaine des choses spirituelles et ne serait-il pas à craindre qu'il formât à certains égards un état dans l'état, comme on Ta si souvent reproché au clergé romain?
La seconde partie des Observations est consacrée à la réfutation des arguments qui pourraient être allégués en faveur du projet : 1° les droits des membres de l'église; 2° l'indépendance de celle-ci ; 3° l'avantage de mettre en harmonie les institutions ecclésiastiques et politiques de notre pays ; 4° un caractère plus rationnel. Sur le second point en particulier, M. Curchod prétend que l'indépendance politique de l'église à l'égard du pouvoir civil ne serait pas même assurée, qu'elle ne pourrait pas l'être tandis que l'état lui-même constituerait l'église. A l'en croire, si le projet rendait d'un côté l'administration de l'église beaucoup plus indépendante du pouvoir exécutif qu'elle ne l'était alors, il ne faisait, sous un point de vue plus général, que sanctionner sa dépendance relativement à l'état.
M. Curchod constate que l'introduction des membres laïques dans les conseils de l'église, cette disposition importante du projet, est une de celles qu'on représentera comme les plus rationnelles. Mais, à ses yeux, dans le régime actuel de l'église vaudoise, l'élément laïque est représenté d'une manière tout à fait prépondérante par l'action du gouvernement. En réalité, le principe que le projet invoque et qui en fait l'idée mère est essentiellement celui de la séparation, la base sur laquelle les avocats de ce dernier système se fondent pour le représenter comme le seul juste et le seul vrai. Le projet est donc irration-