CHAPITRE t
nel au plus haut chef, puisqu'il ne répond pas au caractère essentiel de l'église vaudoise, qui est d'être unie à l'état.
L'auteur des Observations, pensant avec raison qu'il ne suffit pas d'une critique négative, indique à son tour les moyens de corriger certains défauts d'un régime ecclésiastique qu'il est bien éloigné d'approuver en tout. Le principal défaut de ce régime est, à ses yeux, non l'intervention de l'état dans les affaires ecclésiastiques, mais l'arbitraire qu'il y exerce et le manque absolu de limites qui déterminent la juridiction des divers pouvoirs. C'est encore l'absence d'un centre ecclésiastique, d'un corps qui, sans être revêtu de pouvoirs assez étendus pour lui donner une influence qui pût devenir dangereuse, représenterait cependant l'église pour les choses d'un intérêt général. C'est enfin l'intervention de l'académie dans les affaires ecclésiastiques, intervention nullement en harmonie avec les attributions naturelles d'un corps voué à l'enseignement et dont beaucoup de membres mêmes pourraient être étrangers à l'église nationale. Mais on peut corriger, améliorer sans bouleverser. Aussi M. Curchod propose-t-il en terminant de conserver l'état de choses actuel, en le déterminant d'une manière plus précise et en l'améliorant dans ses détails.
Nous nous sommes passablement étendu sur les Observations, parce que cet opuscule, écrit avec un calme et une piété dont les ouvrages de cette nature n'offrent pas toujours l'heureux spectacle, fut l'écho de tout un grand parti ecclésiastique qui finit par l'emporter. A la vérité, M. Curchod était moins heureux dans la partie positive de son ouvrage que dans la partie critique; d'abord, parce qu'en général la critique est aisée, ensuite, parce que, dans le cas particulier, la commission législative avait eu à s'acquitter d'une tâche singulièrement neuve et difficile, celle de constituer une église nationale, en présence des exigences de la liberté et des changements profonds que les institutions de l'état avaient subies depuis l'époque de la réformation.
C'est ce qu'on fit remarquer dans le temps à M. Curchod *. En outre, comme ce dernier n'avait pu avoir connaissance de l'Exposé des motifs du projet, il avait présenté des objections et des critiques que cet Exposé prévoyait et auxquelles il répondait d'avance. Quand M. Curchod, après avoir reproché au projet d'assimiler deux sociétés aussi essentiellement différentes que la société religieuse et la société civile, l'accusait, comme d'une inconséquence, de n'avoir pas poussé cette assimilation jusqu'à ses dernières limites, il faisait l'éloge de la sagesse du projet ; il oubliait que les situations étant données, c'est-à-dire que l'église nationale étant officiellement unie à l'état, elle devait, sous bien des rapports, être constituée à son image. Cependant l'inconséquence apparente reprochée au projet prouvait qu'il n'avait pas voulu assimiler à tout prix des choses diverses. Mais toute société religieuse a certaines institutions qui lui sont communes avec la société civile. Ces deux sociétés ne se laissent pas scinder dans la réalité comme dans le raisonnement, et il s'agissait de voir si l'église vaudoise ne pouvait pas être constituée d'une manière qui lui conservât son caractère essentiel, en la rapprochant de l'état actuel de la société. De quelque manière donc qu'on le posât, le problème de la reconstitution de l'église était d'une difficile solution. M. Curchod pouvait bien découvrir et signaler les côtés faibles du projet, il ne résolvait point les difficultés d'une reconstitution en présence d'une opinion peu éclairée, vacillante et impérieuse tout à la fois.
Dans une lettre adressée au Narrateur religieux qui avait rendu compte de ses Observations -, M. Curchod insista de nouveau sur le fait capital à ses yeux et dont il accusait le projet de ne pas tenir un compte assez sérieux, que la société civile et
1 Narrateur religieux, N° 54, 11 janvier 1838. — Revue suisse, 1838, pag. 103. 4 Narrateur religieux, N° 56, 25 janvier 1838. Lettre de Longirod, 19 janvier.