‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 51 sur 173 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

L'autorité supérieure exprima alors à ce pasteur le désir de lui voir formuler ses vœux sous la forme d'un projet de loi, et, afin qu'il pût se livrer entièrement à son travail, elle lui offrit un sufïragant. Seulement, M. Bauty devait préparer son projet pour le 1er janvier 1838, afin que le conseil l'eût sous les yeux avec celui de la majorité au moment où il s'occuperait de cette importante matière. M. Bauty, n'ayant que deux mois devant lui, se mit aussitôt à l'œuvre, mais sans pouvoir, comme il l'aurait désiré, s'entourer des conseils d'hommes compétents1. Il n'en arriva pas moins à l'heure fixée et son ouvrage, livré à l'impression, parut au commencement de février2.

Le projet de M. Bauty, tout en admettant plusieurs des dispositions particulières à celui de la majorité, n'en était pas moins la contre-partie, puisqu'il en rejetait les bases. On s'en convaincra du reste facilement par la manière dont l'auteur s'exprime dans son mémoire au conseil d'état.

M. Bauty accuse le projet Burnier d'être basé sur des principes entièrement opposés à ceux qui prévalent chez nous depuis trois siècles, et il s'efforce de le démontrer d'abord par des considérations générales contre l'ensemble du projet. A ses yeux, la commission est sortie des limites tracées par la constitution, car la quasi- séparation est l'idée génératrice de son projet. On arrivera ainsi à une église toute-puissante par sa séparation d'avec l'état. Le premier motif invoqué contre le projet est donc son inconstitutionnalité. Le second, que le projet est opposé aux vœux du peuple vaudois. M. Bauty a sondé l'opinion; elle n'est pas pour le projet de la majorité. Le troisième, que la seule tentative d'un changement serait dangereuse. Rien n'est plus délicat à manier chez un peuple que ce qui

1 M. Bauty fut cependant efficacement secondé dans son travail par M. le doyen Liardet.

* Projet de loi ecclésiastique présenté au conseil d'état par M. le pasteur Bauty. Lausanne, Ducloux, 1838.

tient à sa religion ; or la commission a réduit à rien les liens qui unissaient l'église à l'état, mais tout doucement, et elle n'a eu garde de prononcer le mot malsonnant de séparation. Cela n'a pas empêché le peuple de voir de prime abord que tout était changé.

Dans la seconde partie de son mémoire, M. Bautyse livre à un examen des deux dispositions fondamentales de la loi. La première de ces dispositions atteint la règle d'enseignement, la confession helvétique, qui pourra être changée ; d'où il résulte la non-garantie du culte national, des changements à la confession de foi devant en amener nécessairement dans la liturgie '* « Ce projet cache donc un avenir de discussions, et finalement de servitude religieuse pour le peuple. »

La seconde disposition du projet concerne le mode de participation des citoyens vaudois au gouvernement de l'église, substitué au mode d'après lequel ils y participent aujourd'hui. On a appelé ce mode l'admission des laïques au gouvernement de l'église. Mais il n'y a point de laïques dans le canton de Vand, parce qu'il n'y a pas de clergé. Le projet crée donc un état dans l'autre état. En second lieu, il suppose que les Vaudois n'ont rien à dire dans le gouvernement de leur église, tandis que M. Bauty affirme que le peuple vaudois exerce ici, comme en toute autre chose et sur le même pied, une souveraineté complète. Si cette proposition paraît renfermer une énormité, M. Bauty invoque

1 A cette époque (9 janvier 1838), M. Bauty eut une très curieuse conversation particulière avec le conseiller d'état De la Harpe, sur les divers projets de loi ecclésiastique. L'honorable conseiller avouait que ce qu'il avait sur le cœur, c'était 1~ confession de foi. Il n'avait point, disait-il, été instruit d'après son contenu. 11 y avait quinze ans qu'il n'en était plus question. Quant à l'éternité des peines, à 1 prédestination, etc., il ne pouvait les digérer. M. Bauty répliquait que si l'on voulai changer la confession de foi, il fallait aussi changer la liturgie, ce qui ne serait pune petite affaire. M. De la Harpe demandait simplement qu'on pût « se ménage les moyens de changer dans la suite la confession et la liturgie. » Pour le moment on s'en tiendrait là. Quant au catéchisme, il était aussi très défectueux.

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