CHAPITRE I
tendait à rien moins qu'à établir un statu qno complet. La tactique de la minorité pour faire croire que le projet de ta majorité tendait à amener la séparation de l'état et de l'église, était habile, mais elle n'évoquait que des fantômes. Le projet de la minorité n'était pas d'accord avec lui-même; tel quel, il était inadmissible. En terminant, la majorité exprimait la conviction que « le principe de l'intervention directe de l'église elle-même dans la tractation de ses intérêts religieux finirait tôt ou tard par triompher, à la suite d'une lutte plus ou moins vive, plus ou moins prolongée et dans des circonstances probablement moins favorables que celles où l'on se trouvait alors. » On ne pouvait mieux prédire I
Plus le moment approchait où la question ecclésiastique devait être débattue dans le sein de la délégation des classes, plus aussi, on le comprend, cette question était agitée dans le public et dans la presse. Le Nouvelliste vaudois, en particulier, ne se lassait point de remettre ce sujet sous les yeux de ses lecteurs. Alors que le projet Burnier avait seul paru, il louait ce projet qu'il appelait un ce travail de juste-milieu ; » il ajoutait qu'il était impossible d'en entreprendre un autre. « Une église, disait-il, telle que la constitue le projet, tout en demeurant fidèle à sa mission spirituelle, produira ce grand bienfait politique qu'elle affermira de plus en plus toutes nos libertés dont le germe est dans son sein ; et plus cette église sera libre dans son action, plus aussi elle contribuera à affermir le principe de la souveraineté du peuple. » Cependant, au gré du Nouvelliste, le projet restait encore trop en deçà des limites qu'il aurait pu franchir hardiment. « Un état spirituel beaucoup plus libre que celui de l'église qu'on nous propose, peut exister dans l'état civil sans le moindre inconvénient pour celui-ci. »
MOUVEM. RELIG. IV. 8
L'organe de M. Druey aurait voulu distendre plus encore les liens qui unissaient leglise et Fétat, parce qu'il y avait « politiquement du danger à fondre l'église dans l'état *; » Au fond, était-il, oui ou non, content du projet de loi encore seul en scène à ce moment? Nous n'avons pas oublié la critique qu'il en faisait indirectement en reproduisant les articles de hNouvelle Gazette de Zurich. Ici encore, nous retrouvons la même idée; le projet est démocratique ; il ne l'est pas assez! il faut aller plus loin, sinon l'église courra de nouveau le danger d'être absorbée par l'état. Le Nouvelliste va même jusqu'à émettre l'opinion que le gouvernement, craignant le projet Burnier comme trop libéral, a autorisé ou même engagé M. Bauty à présenter le sien, parce que ce dernier lui offrirait un moyen de maintenir toute son influence sur l'église ! Ces accusations étaient-elles fondées ou ne reposaient-elles que sur des hypothèses toutes gratuites? En tout cas, M. Druey, membre du conseil d'état, avait quelque raison à lui connue d'appuyer, pour le moment, le projet Burnier. Un mois se serait à peine écoulé qu'il en ferait une amère critique2.
Si l'œuvre présentée par la majorité de la commission législative n'avait trouvé qu'une grâce momentanée devant le Nouvelliste ou son patron, le projet Bauty fut bien autrement maltraité par lui. « Ce projet, ainsi s'exprimait-on, n'est autre chose qu'une nouvelle édition des Ordonnances de Berne revue et augmentée. Même politique, même vue de l'église, despotisme pour l'état, servitude pour le clergé. » « Anachronisme politique et religieux, » il consacre la «confusion de l'état et de l'église..., confusion impie en ce qu'elle détruit la sainteté de la religion, en faisant de celle-ci un moyen de gouvernement...; la sujétion et entière dépendance de l'église à l'état, en matière spirituelle. » Enfin, la conséquence de l'adoption
1 Nouvelliste vaudois, N° 5, 16 janvier 1838. (Du projet de loi ecclésiastique.) 1 Nouvelliste vaudois, N° 15, 20 février 1838.