CHAPITRE I
de ce projet devait être une plus grande dissidence, des troubles religieux, etc.
Mais à quoi le Nouvelliste en voulait-il véritablement0 C'est à lui de nous l'apprendre. Le bout de l'oreille ne pouvait larder à se montrer. Le jour même de l'ouverture de la délégation des classes, le 27 février, le journal de II. Druey renfermait un article significatif sous ce titre : La constitution a-t-clle garanti la confession de foi helvétique f Poser cette question dans les colonnes du Nouvelliste, c'était déjà la résoudre négativement. Les deux projets en présence devaient être repoussés l'un et l'autre. Car tous deux, s'appuyant sur l'article 9 de la constitution, voulaient le maintien de la confession de foi. Ce maintien était-il possible ? « Qu'est-ce, en effet, qu'une garantie et une intégrité qui livrent au législateur les parties les plus vitales de l'église?» Bien plus, * la majorité de l'assemblée constituante (de 1831), dominée par l'esprit qui animait alors la majorité du peuple, avait repoussé la liberté des cultes, par défiance, par crainte ou Jiaine des sectaires qu'on appelait alors méthodistes, séparatistes, mômiers, c'est-à-dire en haine de ceux qui avaient fait revivre les doctrines de la justification par la foi, de la grâce, qui sont précisément celles de la confession helvétique.... La majorité entendait une église qui s'était modifiée avec le temps. » De là à la conclusion suivante il n'y avait qu'un pas : « La confession helvétique de 1566 est donc rejetée plutôt que garantie par l'article 9 de la constitution. » D'ailleurs, « le relâchement dans le serment de 1803 n'est-il pas la meilleure preuve que la confession de foi n'est plus la doctrine de notre église évangélique réformée? » Au jugement du Nouvelliste, il est donc parfaitement oiseux de parler encore de celte confession qui, en réalité, n'existe plus. En effet, « si elle ne lie pas les fidèles et qu'il sufiise aux pasteurs de ne rien enseigner de contraire, si possible, ce n'est pas une véritable confession et il ne vaut pas
1 Xouvelliste vaudois, N° 11, 6 février 1S38.
la peine de tant s'inquiéter de sa garantie constitutionnelle, c'est une œuvre morte l. »
Le Nouvelliste en voulait donc à la confession de foi helvétique. C'était là l'objectif de ses attaques, et s'il avait moins de rigueurs pour le projet Burnier que pour le projet Bauty, c'est qu'il espérait que le premier, en introduisant les laïques dans les corps ecclésiastiques, aurait pour dernier résultat de fournir des auxiliaires précieux au moment où la confession helvétique serait décidément attaquée. En réalité, l'introduction des laïques dans l'administration et le gouvernement de l'église n'était pas tant pour le Nouvelliste un principe qu'un moyen. M. Bauty se doutait de cela, et, frappé de l'état du pays, connaissant le peuple mieux que M. Burnier, i! craignait de voir les laïques incrédules surpasser en nombre, dans les conseils ecclésiastiques, les laïques pieux et les ministres eux-mêmes; ce qui aurait nécessairement amené des changements dans la doctrine de l'église. M. Burnier, plus théoricien, plus doctrinaire, quoique au fond plus près de la vérité en fait de principes, s'imaginait, à tort sans doute, que les impies laisseraient faire et que les hommes religieux seuls participeraient directement à l'administration de l'église. Pour les hommes du Nouvelliste, la grande affaire était l'abolition de la confession de foi helvétique, non pas en tant que formulaire imposé aux ministres, mais en tant qu'expression de doctrines dont on ne voulait plus. C'était le rationalisme hégélien du XIXe siècle se prenant corps à corps avec l'orthodoxie du XVIe. Nous verrons bientôt comment la lutte se termina officiellement au milieu de nous.
Au moment où la question du maintien ou de la suppres sion de la confession helvétique agitait le pays, une publicatio
1 Nouvelliste vaudois, N° 17, 27 février 1838.