CHAPITRE I
même dans les années antérieures. A cet égard , la lecture des mandements de jeûne ne laisse pas d'être aussi intéressante qu'instructive. En 1837, le langage du conseil d'état avait été aussi franc qu'explicite. Il avait rendu hautement hommage aux grandes vérités de l'Evangile, et c'était bien comme magistrats d'un peuple chrétien que l'autorité supérieure s'était adressée au peuple vaudois:
S'il était un peuple, — ainsi parlait le conseil d'état, — qui tût unanime à honorer l'Eternel par un culte d'amour, qui se plût à rendre à ses lois saintes une obéissance réelle et sincère, qui marchât comme un seul homme dans les sentiers de la vertu et de la justice, un tel peuple offrirait sans doute le plus grand, le plus beau de tous les spectacles, fût-il d'ailleurs le plus faible, le plus obscur des peuples de la terre.
Pourquoi, chers concitoyens, ne nous est-il pas donné d'offrir au monde cet exemple sublime?...
Pour réveiller nos consciences, pour faire naître dans nos cœurs des sentiments d'amour et de repentir, faut-il, chers concitoyens, faut-il rappeler ici cette multitude de bienfaits que le Seigneur se plaît à répandre sur notre heureuse patrie. Au milieu de tant d'orages qui ont ébranlé le monde, et malgré nos fautes, l'Eternel a été jusqu'ici le gardien de notre liberté et de notre indépendance. Tandis qu'il promène ses fléaux sur des nations puissantes, il fait régner dans ce petit coin de terre l'abondance et la paix. Ici, tous jouissent de l'appui des lois, des bienfaits de l'éducation et des droits qui honorent l'humanité. L'Evangile, ce flambeau divin, éclaire dans toute son étendue le bon pays que le Seigneur nous a donné. Il porte sans cesse le salut et la vie dans la cabane du pauvre comme dans la demeure du riche. Ainsi que l'air que nous respirons, que la lumière qui réjouit nos yeux, les grâces du Très Haut nous entourent, nous pressent de toutes parts.
Plût au ciel qu'en nous présentant devant le Souverain Juge, nous n'eussions qu'à bénir et qu'à rendre grâce. Mais, hélas! il ne faut qu'ouvrir les yeux pour voir notre ingratitude. Elle est plus visible encore peut-être que les bienfaits de l'Eternel.
Cette ingratitude qui nous déshonore, ces désordres de toutes espèces
que nous voudrions en vain dissimuler, ne nous laissent d'espoir et de refuge que dans la miséricorde divine. Humilions-nous donc, chers concitoyens, devant le Dieu qui pardonne, devant le Dieu qui guérit. Déposons le lourd fardeau de nos iniquités au pied de la croix de Celui qui a donné son sang et sa vie pour les hommes pécheurs. Que ce jour soit marqué entre tous les autres, par un retour général et durable à la piété, à l'amour de Dieu, à l'obéissance. Soyons chrétiens par les convictions de nos cœurs, par nos œuvres, par notre vie tout entière, comme nous le sommes déjà par notre profession de foi. Soyons chrétiens et l'esprit de Dieu fera disparaître du milieu de nous ces vices, ces scandales qui arrêtent encore le développement complet de notre prospérité nationale. Soyons chrétiens, et quelle que soit notre position dans l'ordre social, citoyens ou magistrats, nous travaillerons d'un commun accord au bonheur de la patrie, et la charité de Christ, toujours plus ingénieuse, toujours plus infatigable à soulager les maux qu'elle n'aura pu prévenir, fera de nous un peuple d'amis et de frères. Soyons chrétiens, et nous conserverons cet antique renom d'honneur et de probité qui fait notre gloire, notre sûreté peut-être au milieu de ces nations puissantes qui nous pressent de toutes parts. Soyons chrétiens, et l'édifice de notre liberté, fondé sur l'Evangile éternel, sera impérissable comme lui.
L'année suivante, l'exhortation du conseil d'étal, tout en se faisant remarquer par sa brièveté, n'en contenait pas moins, comme celle des années précédentes, l'expression de principes vraiment évangéliques. Cette exhortation débutait ainsi :
Le retour régulier de cette solennité religieuse, noble héritage de nos pères, ne saurait affaiblir les impressions qu'elle porte avec elle. Il y a quelque chose de beau et de touchant, de chrétien et de patriotique tout à la fois, dans ce spectacle d'un peuple entier qui s'excite mutellement à la repentance et aux actions de grâce envers Dieu, et qui va, plus nombreux que de coutume et comme d'un même cœur, se prosterner dans les parvis de l'Eternel.
La religion, cette sainte révélation que le ciel a faite à la terre, n'a sans doute pas besoin, pour être forte, de l'appui du magistrat. Toutefois nous aimons cette solennité qui, chaque année, nous appelle à réfléchir avec vous, d'une manière plus particulière, sur les grandes vé-