‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 61 sur 173 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

M. Vinet insista sur ce qu'il y avait d'inévitable dans l'idée de société, dès qu'on abordait la question de l'église. La théocratie avait formé un peuple, l'Evangile a formé des individus, et par là même créé une société. Le projet de la minorité serait conséquent s'il donnait l'épiscopat, mais la constitution de l'église comme école seulement n'était plus possible. M. Vinet n'écartait cependant pas absolument l'idée d'école, mais il déclarait que, dans son opinion, l'église était à la fois école et société.

Nous avons déjà dit quelle fut l'issue de cette première discussion, à laquelle MM. Ler esche, professeur, Germond et Curchod, pasteurs, avaient encore pris une part assez active. Seulement, dans la discussion générale en second débat, c'est-à-dire dans la dernière séance de la délégation (samedi 17 mars), l'assemblée, influencée surtout par un discours de M. Liardet qui avait déjà antérieurement protesté contre ces mots de la définition de l'église : qui continuent à faire profession d'en être membres, l'assemblée, disons-nous, adopta, par 30 voix de majorité, la rédaction suivante : « L'église nationale évangélique réformée se compose de toutes les personnes domiciliées dans le canton, qui sont entrées dans cette église, soit par le baptême qu'elles y ont reçu et confirmé, soit par une admission postérieure et qui ne déclarent pas s'en retirer1. » Telle était la formule proposée par M. le pasteur Lercsche, deVuftlens, et à laquelle, on vient de le voir, presque tous les délégués adhérèrent. M. Chappuis, cependant, aurait désiré qu'on maintînt la formule plus positive de la première rédaction.

La seconde question proposée à la délégation portait sur la doctrine et la renie d'enseignement.

Les deux projets étaient unanimes à proclamer que l'église

1 Bulletin de la délégation des classes, pag. 380.

nationale, tout en ne proposant à ses membres qu'une règle de foi, les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, avait une règle d'enseignement, et que cette règle continuait à être, quant à la doctrine, la confession de foi helvétique en vigueur à l'époque de la mise en activité de la constitution. C'est sur ces deux derniers paragraphes que devait rouler la discussion.

La délégation était très partagée sur ce point. 11 y avait, d'un côté, les partisans décidés de la confession de foi, et de l'autre, deux espèces d'adversaires ; d'abord, ceux qui ne voulaient d'autre règle d'enseignement que la Bible ; en second lieu, ceux qui, accusés de ne pas prêcher l'Evangile, auraient voulu ôter à leurs accusateurs ce point d'appui. C'étaient les Ostervaldiens. Mais tous sentaient le danger qu'il y avait à mettre de côté la confession de foi helvétique ; tous, sauf pourtant M. Archinard, pasteur à Constantine.

M. Archinard était un fort bon homme, très respectable, type des vieux ministres d'autrefois. Il avait étudié à Genève, où il avait fait provision d'arguments contre l'utilité et la nécessité des confessions de foi en général. S'étant donc levé le premier, il lut d'une voix nasillarde un discours qui reproduisait ce qu'il avait apporté de Genève sur le libre examen. Il déclara repousser l'article des projets, parce qu'il rejetait la confession de foi comme complètement inutile, puisque l'église possédait déjà une règle d'enseignement infaillible dans la Parole même de Dieu. Il ne voyait dans les confessions de foi qui avaient paru en divers pays dans les premiers temps de la réforme que de simples apologies des principes méconnus ou calomniés de cette réforme, et qui, par conséquent, ne devaient avoir d'autre valeur que celle de monuments historiques. M. Archinard examinait ensuite les motifs des auteurs des projets pour conserver la confession helvétique et cherchait à démontrer qu'elle ne serait point une garantie de l'existence de l'église, ni une barrière contre les fausses doctrines, car si la Parole de

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