‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 62 sur 173 · CHAPITRE II. 1Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. 1Ô

Dieu même avait subi diverses interprétations, à bien plus forte raison une confession faite par les hommes ne pouvait point garantir l'unité d'enseignement de la part des pasteurs. La confession ne liait pas les membres de l'église ; mais alors, demandait M. Archinard, qu'est-ce qu'une règle qui ne lie pas sur ce que le chrétien est par devoir tenu de croire? C'est un instrument émoussé. Et, quant aux pasteurs, quel est le prix d'un livre dont on peut se dispenser de recommander ou même de prêcher certaines doctrines, pourvu qu'on ne parle pas contre? Dans quelle triste alternative ne place-t-on pas les pasteurs? Ah î comme la règle prise de prime abord dans la Parole même de Dieu place et le pasteur et le troupeau sur un terrain tout autrement ferme et dans un rôle tout autrement honorable!

La conclusion de M. Archinard était donc celle-ci : « En supprimant la confession de foi pour règle d'enseignement, la liturgie peut rester intacte; la Parole de Dieu dans nos mains, la confession de foi helvétique est inutile. »

Dès le début des séances de la délégation, une grande affluence d'auditeurs, de spectateurs, comme les appelait le Nouvelliste vaudois, se pressa à la tribune de la salle du grand conseil. « Parmi eux, c'est un témoin oculaire qui parle, il en était un qui ne nous perdit pas de vue depuis la première jusqu'à la dernière de nos séances. Je le vois encore crayonnant sans relâche, et préparant ainsi les matériaux de quelque article bien perfide dans le Nouvelliste où il rendait un compte journalier de nos séances. C'est ainsi qu'il formait à son gré l'opinion sur notre compte et préparait 1845. Je vois encore son sourire que lui aurait envié un acteur chargé du rôle de Méphistophélès; j'entends sa respiration sifllante, j'arrête mes regards sur cette large figure exprimant à la fois la ruse et l'audace, et, en traçant ce portrait, je me trouve avoir nommé Druey. »

M. Archinard avait à peine achevé la lecture de son cahier,

que M. Druey, levant les yeux de dessus son calepin, et la main sur les lèvres, envoya un ardent baiser au lecteur. Au fond, cependant, il était déceptionné. Il avait espéré voir les pasteurs en parfait discord sur la doctrine, mais quand il s'agit de voter pour le maintien ou la suppression de la confession de foi helvétique, 31 voix sur 32 membres présents se prononcèrent pour cette formule: « La confession de foi helvétique est maintenue comme exprimant la doctrine reçue dans l'église nationale, et servant de règle dans les jugements disciplinaires au sujet de la doctrine. » A la contre-épreuve, M. Archinard se leva seul, témoignant ainsi d'une indépendance qui provoqua aussitôt en sa faveur quelques marques de sympathie.

Les nombreux orateurs qui prirent la parole pour combattre la conclusion du pasteur de Constantine, ne contestaient nullement le principe que la Parole de Dieu ne fût la seule règle de foi. La question était de savoir si les confessions de foi étaient utiles, nécessaires et conformes à l'esprit de l'Evangile. C'est ce que M. Golliez rappela aussitôt après le discours de M. Archinard. Il fut appuyé par MM. Germond, Gauthey, Leresche, professeur, Burnier, V. Mellet, Curchod, Dufoarnet, professeur, etc. Pour M. Burnier, entre autres, une confession de foi était une condition sine qua non de toute existence d'une église. L'abolition de la confession de foi entraînerait, comme conséquence, la chute des liturgies et des catéchismes. Plus encore, il faudrait dire dans la loi qu'aucun pasteur ne pourra être recherché et poursuivi pour sa doctrine; il suffirait qu'un pasteur dît : Je crois de bonne foi ce que j'ai dit. Cependant, M. Burnier ne prétendait pas qu'on ne pût modifier la confession de foi, parce qu'il n'est pas dans l'essence d'une confession de foi d'être immuable. Les confessions de foi sont l'expression

Page 1