‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 64 sur 173 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

débats qui venaient d'avoir lieu. Aux yeux de M. Druey, « tout était disposé pour une étude du clergé vaudois ; » et ce dernier apparaissait dominé par la crainte ; son point de vue était étroit. « On s'enferme, ainsi s'exprimait le Nouvelliste, dans l'église nationale évangélique réformée que Ton voudrait même emprisonner dans cet étroit particularisme, œuvre d'une secte exclusive et intolérante, que l'on appelle la confession de foi helvétique de 1566.... La commission a discuté dans l'idée que notre église est la seule vraie église, l'église par excellence, l'église permanente K »

La troisième question sur laquelle la délégation était appelée à délibérer présentait le plus grand intérêt. C'était au fond la question capitale. La délégation allait lui faire faire un pas décisif ou elle allait se briser elle-même contre cet écueil.

L'article premier du projet de la majorité disait ceci : « L'église nationale, évangélique, réformée, est unie à l'état, conformément aux principes établis par les articles IX et X de la constitution, ainsi que par la présente loi. » Et l'article 3 du projet de la minorité : « L'église n'a point un gouvernement à part. Le grand conseil continue à décréter les lois qui la régissent et le conseil d'état à l'administrer, le tout conformément aux articles IX et X de la constitution et aux dispositions de la présente loi. » Dans le but d'abréger la discussion, M. Bauty déclara dès l'entrée renoncer aux mots soulignés. La discussion elle-même ne commença que dans la quatrième séance (vendredi 2 mars). Elle ne remplit pas moins de cinq longues séances, durant lesquelles un très grand nombre d'orateurs se firent entendre.

1 Nouvelliste vaudois, N» 19, 6 mars 1838. [Coup d'œil sur la commission ecclésiastique..)

M. Vinet, qui prit l'un des premiers la parole, fit remarquer qu'il ne s'agissait pas de prendre la question à son plus haut point de généralité, que la constitution et le fait traçaient une limite plus étroite, qu'il s'agissait de l'église du canton de Vaud, et que l'union étant consacrée, il fallait en déterminer les conditions et les effets. Le projet de la majorité lui paraissait réaliser une condition essentielle des rapports entre les deux sociétés : « Je vois, disait-il, l'état pourvoyant aux besoins matériels de l'église, veillant à ce que le gouvernement de cette église ne sorte point de ses attributions naturelles, se liant lui-même à ne point sortir des siennes, imposant à tous les changements importants dans les choses du culte et de l'enseignement la nécessité de sa sanction, qui les rend authentiques, pouvant même prendre l'initiative par quelques propositions sur les intérêts généraux de l'église, mais ne pouvant rien consommer par lui-même, enfin se faisant rendre un compte périodique de l'étal de l'église, mais toujours dans le même sens et dans les mêmes limites. Ce n'est une position ni d'indifférent, ni d'usurpateur, et comme le pays est représenté dans l'église, comme le pays se trouve dans les corps qui la gouvernent, mais s'y trouve avec les conducteurs spirituels de l'église, il en résulte que ce gouvernement de l'église est aussi national et populaire que possible, sans perdre son caractère essentiel de gouvernement ecclésiastique et d'institution religieuse1. » Tout autres seraient les conséquences du projet de la minorité, si ce projet était adopté. En effet, vie propre, gouvernement propre, voilà ce que le projet de la majorité accordait à l'église, et ce que le projet de la minorité lui refusait. Le gouvernement du pays était en même temps le gouvernement de l'église. Mais l'état ne croyait pas pouvoir administrer seul l'église; donc, il s'adjoignait le clergé, et l'ordre de

1 Bulletin de la délégation des classes, pag. 286.

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