CHAPITRE ir
choses constitutionnel dans le système de la minorité, c'était « un tête-à-tête de l'état avec le clergé. » Or, disait avec raison M. Vinet, à moins qu'un tiers ne s'introduise, il est permis à quiconque a lu l'histoire de prévoir que ce tête-à-tête finira mal. En conséquence, l'orateur concluait à la suppression des deux articles en discussion dans les deux projets.
Selon M. Burnier, le plus grand mal dans le système de l'église nationale actuelle, c'était que le troupeau avait été annulé. « On a bien le nom d'église, une église nationale, un culte national ; mais pour une église proprement dite, je ne saurais l'admettre. Je crois que l'œuvre de notre siècle, c'est de séparer l'église de l'état, ou de replacer l'église dans une position où elle soit véritablement elle; je ne lui demande rien de plus que ce qui convient à une société religieuse et chrétienne ; seulement je demande instamment que nous proposions au conseil d'état que l'église soit quelque chose, qu'elle ait une sphère d-action à elle et une part à son administration : nous ne sommes plus maintenant dans les commencements, ni même dans un état de transition comme on a voulu l'indiquer. L'école, chez nous, a duré trois cents ans, il est donc temps qu'elle soit constituée en sociélé *. »
Au début de la cinquième séance (lundi 5 mars), II. Vallotton, estimant qu'on s'était écarté de la question, demanda que, laissant le terrain des principes, on se plaçât sur le terrain de la réalité. Or, la réalité, qu'était-elle? L'église nationale existante. Il s'agissait, d'après la constitution, de régler les rapports de l'état avec l'église, et le meilleur système serait celui qui irait aux circonstances et aux besoins du moment. En tout état de cause, l'orateur n'était pas pour l'introduction des laïques dans les corps ecclésiastiques, parce que, à ses yeux, ceux que l'Ecriture appelle les hommes naturels, formaient
1 Bulletin de la délégation des classes, pag. 290.
encore la majorité des membres de l'église. Impossible qu'une telle majorité fût en état de diriger les graves intérêts qu'on voulait lui confier.
L'article 3 du projet de la minorité paraissait obscur. W.Banty sentit le besoin d'en donner en ces termes le vrai sens : « L'église nationale du canton de Vaud n'est pas gouvernée par des corps ou par des conseils nommés par les paroisses. Elle n'est pas une république qui se gouverne par elle-même *. » Remarquons, en passant, cette expression de république sur laquelle on reviendra bientôt et qu'on emploiera tour à tour pour défendre ou pour attaquer le projet de la majorité. Du reste, déjà dans le sein de la commission législative, M. Bauly avait loyalement prévenu ses collègues qu'il insisterait sur ce point.
Malgré les efforts de plusieurs des membres de la délégation, la discussion n'aboutissait pas. A la fin de la séance, M. le président dut même constater qu'on s'était beaucoup écarté du sujet mis en délibération et qui pouvait être formulé en ces termes : « L'église a-t-elle un gouvernement à part, ou tout son gouvernement résidera-t-il dans l'état? » Il résultait de ces écarts de la discussion que deux longues séances n'avaient été suivies d'aucune votation, et M. le président n'osait espérer que la solution fût prochaine. Il fallait donc aborder plus franchement la question vitale de l'admission des laïques, question que M. Pache appelait le nœud gordien de la situation et qu'il posait ainsi : « Convient-il qu'il y ait des corps en partie d'ecclésiastiques et en partie de laïques pour s'occuper du spirituel de l'église ? »
Dans le cours des trois séances que la délégation consacra à l'étude de celte seule question, un grand nombre de discours furent prononcés pour ou contre la participation des laïques au gouvernement de l'église. A la vérité, la plupart des orateurs
1 Bulletin de la délégation des classes, pag. 293.