CHAPITRE H
qui penchaient pour la négative ne refusaient pas toute participation des laïques à la direction du corps ecclésiastique, mais ils étaient retenus par la crainte de voir ces mêmes laïques aborder les questions de doctrine réservées jusqu'ici aux seuls membres du clergé. Du reste, dans l'ignorance où, grâce au régime bernois, le clergé avait été tenu à l'égard des formes presbytériennes, il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'il ne comprît pas ce système. M. Druey put donc se dédommager de la déception que lui avait fait éprouver le vote de la délégation sur la confession de foi, en constatant combien peu le clergé s'entendait sur la question de la part à faire aux laïques dans le maniement des affaires ecclésiastiques.
L'introduction des laïques dans les corps ecclésiastiques était, nous le savons, la base même, l'idée mère du projet de la majorité. Lors donc que cette question eut été franchement posée au sein de la délégation, M. Bumier la développa avec abondance et à plusieurs reprises. Tout en protestant contre l'intention qu'on avait trop prêtée à la majorité d'avoir voulu, à tout prix, assimiler les institutions ecclésiastiques aux institutions politiques, il déclara que les auteurs du projet avaient été réjouis en voyant que la Parole de Dieu ne défendait pas toute analogie entre ces institutions et qu'on pouvait les rapprocher. Dans la pensée de la majorité, c'était là une garantie de durée pour l'organisation de l'église, et ce qu'elle avait voulu formuler dans son projet, c'était l'introduction des laïques dans les corps ecclésiastiques, afin que le peuple de l'église ne fût pas complètement annihilé. Sans cela, point de liberté pour l'église 1 .
1 Bulletin de la délégation des classes, pag. 303.
A la fin de cette séance, dans laquelle M. Solomiac avait parlé dans le sens de M. Burnier, et MM. Leresche, professeur, Golliez, Dufoiirnet et d'autres, dans un sens opposé, on adopta, pour être discutée dans la séance du lendemain, la question suivante : « Des laïques seront-ils introduits, moyennant des garanties, dans tous les corps qui seront constitués pour s'occuper du gouvernement de l'église1? »
La septième séance (mardi 7 mars) devait être, dans la lutte des opinions contradictoires, la journée vraiment décisive. Non pas, à la vérité, que la décision formelle soit intervenue ce jourlà, mais c'est alors que la grande bataille s'est livrée. Le lendemain, les discours qu'on entendit n'étaient plus que ces derniers coups de feu, isolés, affaiblis, qui retentissent encore quand déjà la fumée du combat s'est dissipée. — Le 7 mars, les hommes forts en vinrent décidément aux mains, et si la victoire ne demeura pas à ceux qui, dans le fond, avaient raison, c'est que l'heure de la vérité en matière d'organisation ecclésiastique n'avait pas encore sonné. Dans cette journée mémorable, le poids de la discussion reposa essentiellement sur MM. Bauty, Vinet, Chappuis, Leresche, professeur, Burnier. Les discours prononcés par ces divers orateurs mériteraient d'être reproduits ici in-extenso, nous ne pouvons malheureusement en donner qu'un résumé trop incomplet.
Dans la supposition que les laïques seraient admis dans les corps de l'église, M. Bauty éprouvait une crainte extrême de voir les membres ecclésiastiques de ces corps en former ce qu'il appelait la fraction aristocratique, et acquérir ainsi une grande puissance temporelle. Devons-nous, demandait-il, accepter la position qu'on veut nous faire? Et il répondait : « Aujourd'hui aucune méfiance ne plane sur nous ; mais établissez un corps ecclésiastique indépendant, son influence aristocratique ne se fît-elle
1 Bulletin de la délégation des classes, pag. 307.