‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 67 sur 173 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pointd'abord sentirda tout, nous serions d é j à l'objet desaltaques et des soupçons. Messieurs notre position actuelle est superbe, parce qu'elle est humble. Mais précisément cette position humble fait qu'on s'intéresse à nous, au lieu que lorsque nous monterons en chaire et qu'on dira en nous voyant : Voilà un membre du tiers aristocratique du gouvernement de la république religieuse, voilà son président, son vice-président, etc., alors il n'en sera plus de même. Non, messieurs, non, nous ne voulons pas d'une puissance temporelle! ... Mais encore, messieurs, où le principe de la majorité nous conduit-il? Il me semble que ses auteurs sont dans une position bien singulière. On leur dit : i Vos principes sont admirables, vous admettez la * participation des laïques dans les corps ecclésiastiques, c'est » bien! mais vous vous arrêtez en beau chemin; il faut aller > plus avant! » et c'est ainsi qu'on les amène à la rupture de l'église nationale. Quant à moi, je ne me trouve point du tout dans celte position... J. » Il est supprtlu d'ajouter que M. Bauty envisageait comme parfaitement illusoires les garanties qu'on croyait pouvoir exiger des laïques avant que de les introduire dans les corps ecclésiastiques. Il se vit fortement appuyé par M. Curchod, qui ne croyait pas l'établissement d'une république ecclésiastique représentative fondé en droit, ni capable de produire des fruits utiles.

C'est alors que M. Vinei se leva et prononça un long et beau discours, le dernier que la délégation devait entendre sortir de sa bouche.

Faisant remarquer que le mot d'organisation n'est qu'un autre nom de gouvernement, M. Vinet posait celte question : Par qui l'église sera-t-elle gouvernée0 Ecartant successivement le gouvernement du clergé seul et le gouvernement du pouvoir civil seul, l'orateur envisageait l'idée du gouvernement du clergé et

1 Bulletin de la délégation des classes, pag. 30 S.

du pouvoir civil réunis et démontrait que, sauf dans les temps de calme où le fartage s'accomplit sans trop de secousses, ce partage au fond est impossible. A ceux qui se berçaient de l'espoir que le bon accord subsisterait, il répondait : «Un temps pourrait venir où le bon accord entre l'état et le clergé cesserait. Que dis-je? il pourrait venir? Il viendra. On m'arrête et l'on me dit : « Silence 1 ce n'est pas le moment de le dire; les rap- » ports sont bons entre le pouvoir et le clergé, très bons ; tout » nous en fournit la preuve, et par-dessus tout notre présence » dans cette enceinte. » Précisément à cause de cela c'est le moment. S'il y avait quelque danger prochain de rupture, d'autres l'auraient vu avant moi ; ce ne serait plus le moment de parler, mais d'agir. C'est quand les eaux sont basses qu'il faut élever les digues; c'est dans le calme qu'il faut préparer le navire au choc de la tempête. Je m'étonne, je l'avoue, que tout un système fondé sur la crainte, n'ait pas même conçu la plus naturelle. Nous avons fait voir que le mal qui vous effraie le plus, le mal de devenir les maîtres, est le plus imminent, et que votre système, en quelque sorte, le constitue et l'organise. Mais ne craignezvous pas aussi d'être maîtrisés? Vous ne répondrez pas, je m'assure: Nous voulons l'être ; car vous avez voulu être gouvernés et non maîtrisés. Mais je dis que quand vous ne maîtriserez plus, vous serez maîtrisés. Je dis qu'il viendra un temps où le pouvoir civil trouvera de l'intérêt à essayer de ce gouvernement dont on lui aura confié les apparences. Je dis qu'il viendra un temps où il voudra ce que vous ne voudrez pas, et qu'alors, pour pénétrer dans votre domaine, il lui suffira de quelqu'un de ces interstices, de quelqu'une de ces fissures que vous n'avez pu lui refuser. Et ne croyez pas que j'en appelle à votre intérêt de corps; je vous ferais injure ; non, j'en appelle à l'intérêt de ces héritages du Seigneur sur lesquels vous dominez malgré vous, de cette église qui vous est chère comme à nous, et dont il peut arriver qu'un jour le pouvoir civil ne

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