CHAPITRE II
comprenne pas et ne veuille pas le vrai bien. Que ferez-vous contre le pouvoir civil, vous, forteresse démantelée, vous, chefs d'une église désorganisée, vous qui avez autour de vous une foule et non pas un peuple? Et qu'on ne s'offense pas ici des mots, quand les choses sont vraies. Oui, l'église, c'est-à-dire l'intérêt religieux dans le pays, peut être en souffrance comme tel autre intérêt social, et n'avoir pas dans les conseils politiques assez de représentants et de défenseurs. Que fera l'église, n'étant pas constituée0 Et vous, que ferez-vous sans elle0 Votre opposition sera irrationnelle, inconséquente ; car vous avez solennellement déposé le pouvoir entre les mains des corps politiques; vous vous l'êtes refusé; vous n'êtes en principe que les gérants, les instruments de l'état dans la sphère ecclésiastique. Convuquerez-vous l'église? Mais par quel moyen, qui ne paraisse de l'intrigue et presque de la sédition0 Voyez pourtant une fois que, si vous aviez l'église autour de vous, si, par l'effet de délibérations communes, et sous l'œil protecteur de la publicité, vos troupeaux eussent contracté l'habitude et l'aptitude des choses ecclésiastiques, si un intérêt ecclésiastique chrétien s'était peu à peu formé dans le pays, non-seulement vous auriez, dans le cas dont je parle, un moyen à la fois légal et énergique de soutenir le combat, mais, ce qui vaut mieux, vous n'auriez pas à le soutenir. Sous le nom de l'église, c'est une partie considérable et considérée du pays, c'est le pays religieux que vous vous seriez associé et attaché ; et ainsi entourés, ainsi appuyés, qu'auriez-vous à craindre ? Cette association vous assurerait mieux que la victoire, elle vous promettrait la paix1. »
M. Vinet présentait donc l'intervention des troupeaux dans le gouvernement de l'église comme le moyen d'éviter de fâcheux conflits. I! est vrai que la séparation absolue de l'église et de
* bulletin de la délégation des classes, pag. 311.
MOLVEM. RELIG. IV
l'état aurait écarté bien mieux la possibilité de tels conflits ; mais M. Vinet, ayant d'autres vues et d'autres vœux que cette séparation, votait pour que l'église fût libre, pour qu'elle se gouvernât, pour que les troupeaux fussent appelés au conseil. C'était là, à son avis, l'organisation qui donnerait à l'église un gouvernement propre, réaliserait dans son sein l'idée de société, et la constituerait en face de l'état. Et ici M. Vinet prenant à partie l'objection de M. Bauty : vous créez une république dans la république, proclamait nettement que l'église, envisagée dans son caractère propre, dans son principe, dans son but, forme une société tellement à part de la société civile qu'on peut bien l'appeler une république dans la république. Mais l'église ne veut pas être souveraine au delà de sa sphère. « Que voulez-vous de plus? s'éeriait donc M. Vinet, ou, pour mieux dire, où se porte votre souci ? Etes-vous ici pour vous inquiéter de l'église ou pour vous inquiéter de l'état? L'état ne pourvoira-t-il pas à ce qui le regarde? Mais enfin, je comprends votre préoccupation et je l'aime. Vous ne voulez pas même que l'église ait l'air de menacer l'état. Mais sachez-le bien: jamais l'église n'a menacé l'état; jamais, dis-je, l'église constituée en église, et exerçant librement ses droits; et pourquoi le ferait-elle dans notre pays où les éléments de son gouvernement iraient se puiser et se renouveler à une source toute populaire? Supposez même que le synoder par une influence quelconque, cessât d'être ce que j'ai dit, cessât d'être le pays, le pays pourtant se retrouverait quelque part: il se retrouverait dans les assemblées primaires; elles seraient toujours à temps de jeter dans les corps de l'église des éléments plus nationaux ; et puis, je le demande, où donc est la raison de ces craintes? qu'est-ce que peut vouloir l'église, notre église, qui puisse inquiéter l'état? le pis de tout, c'est qu'elle ne veuille rien ; j'aime la seule inquiétude qu'elle puisse donner, c'est celle qui naîtrait de son zèle ranimé;