‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 69 sur 173 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

eh bien, cette inquiétude, il est bon qu'elle la donne ; mais en bonne foi, des corps délibérant en public, composés par des élections populaires, et où siègent avec les citoyens des ministres qui sont également citoyens dans toute la force du terme, quelle inquiétude sérieuse de tels corps peuvent-ils donner à l'état? On déplace la crainte, messieurs, on la met où elle n'a point de sujet; et on ne la met point où elle serait beaucoup mieux fondée. Quant à moi, je veux l'église libre ; et afin de la voir libre, je réclame pour les pasteurs l'appui des troupeaux l. »

Dans la conviction de M. Vinet, tout le monde voulait quelque part l'intervention des laïques, mais les uns à la base, et les autres au sommet de l'édifice. Lui-même ne pouvant l'avoir partout, ne la voulait que dans la paroisse. Mais pourquoi ne pas admettre les laïques à tous les étages de l'édifice? En effet, pour que l'église soit bien représentée et ses besoins généraux bien compris, il faut, dans les corps ecclésiastiques, mêler des laïques aux pasteurs. Il est vrai que l'on prétendait que les laïques n'auraient rien à faire ; d'où l'on concluait à l'inutilité de leur présence dans les corps de l'église. M. Yinet contestait le bien-fondé de cette conclusion et disait: « Si quelque chose se fait, si quelque chose peut se faire dans les classes, j'entends quelque chose pour l'édification, alors je demande que les laïques y soient introduits; ne fût-ce que pour voir, pour s'instruire, pour acquérir cette notion et ce sentiment des intérêts généraux de l'église, dont nous n'aurons jamais une idée tant que nous n'aurons pas un centre ecclésiastique et une vie ecclésiastique; je les y appelle, pour accréditer, non les pasteurs, dont j'espère que chacun est accrédité auprès de son troupeau particulier, mais le clergé, messieurs, le clergé qui n'est pas encore assez incorporé à la

1 Bulletin de la délégation des classes, pag. 312.

nation, que la nation n'a pas encore assez adopté, et qui, fort injustement, mais par une suite naturelle de son isolement, est regardé par plusieurs comme une caste, et leur inspire une défiance qu'une autre organisation aurait bientôt dissipée. S'il ne se fait rien dans les classes, je demande qu'on y introduise les laïques, pour qu'il s'y fasse quelque chose, car leur présence y rendrait l'inaction impossible. Je les demande, les laïques, pour apprendre au peuple, par un fait, ce que des raisonnements ne lui apprendront jamais si bien, qu'il n'a pas seulement une religion, mais une église ; que ces deux choses, d'institution divine, doivent l'une et l'autre avoir une réalité sentie; qu'elles accomplissent, ensemble et l'une par l'autre, tout le dessein de Dieu ; qu'en un mot, il y a une vie religieuse et une vie ecclésiastique, dont la seconde est le complément de la première. Je les demande, les laïques, pour qu'il n'y ait plus delaïques; pour que, dans la division du travail ou des occupations, fondée sur la nature des choses et sur la Parole de Dieu, reparaisse partout une fois la grande idée de l'unité d'action et de vocation, du sacerdoce universel, proclamée par l'Evangile, restaurée par la réformation, puis de nouveau éteinte par les malheurs du temps. Je les demande, les laïques, pour que notre église, constituée en église, puisse entrer dans les intérêts généraux de la grande église évangélique réformée, communiquer avec les églises nées de la réforme, et avancer, pour sa part, l'époque où ces différentes églises, communiquant librement et publiquement ensemble, pourront conclure, à la face du soleil, une alliance offensive et défensive en faveur du grand et vital principe du libre examen chrétien 1 . »

Tout en constatant qu'il y avait dans le sein de la population vaudoise bon nombre de laïques pieux, M. Vinet faisait remarquer que ces hommes, placés comme ils l'étaient en dehors des

1 Bulletin de la délégation des classes, pag. 313.

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