‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 72 sur 173 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

glise1. C'est ainsi que, péniblement, au milieu de bien des arrêts, des cahots et des secousses, la délégation arriva le 17 mars au terme de ses travaux. Elle n'avait pas lieu de se féliciter beaucoup, comme parut le croire M. Golliez, des résultats auxquels elle était parvenue. Cet honorable délégué de la classe de Payerne témoigna d'une vive reconnaissance envers le conseil d'état pour la marche que ce corps avait suivie en convoquant une assemblée des représentants du clergé vaudois. M. Grenier, tout en remerciant M. Golliez de sa motion, exprima délicatement quelques craintes relativement au travail définitif du grand conseil. Mais ce fut le président lui-même, M. Gindroz, qui se montra au fond le plus perplexe à la pensée du prochain avenir réservé à l'église vaudoise. On venait de voter des remercîments à l'honorable professeur pour la patience, l'impartialité, la dignité, la sagesse et la fermeté avec lesquelles il avait dirigé les débats. M. Gindroz, après avoir remercié d'une voix fort émue, ajouta ces mots qui, avec toutes leurs rélicences, devaient paraître bien significatifs: « Assurément, nous nous trouvons ici dans des circonstances extrêmement importantes pour le pays et pour l'église, et nous emporterons dans nos demeures des souvenirs précieux, instructifs, qui nous rappelleront constamment la haute difficulté des questions qui se présentent maintenant aux solutions des autorités supérieures. Ces difficultés nous engageront à recevoir avec reconnaissance et une parfaite abnégation de nous-mêmes toutes ces solutions. Nous devrons nous persuader que tout aura été fait pour le mieux dans les intérêts de la religion et du pays. L'esprit de lumières, nous devons l'espérer, nous devons le croire, descendra sur les magistrats appelés à décider; et si, par une prévision que je repousse, l'église devait recevoir une organisation qui ne répondît pas aux besoins de la religion, nous devriont

' Bulletin de la délégation des classes, pag. 354-358.

voir en cela une de ces crises que le divin fondateur de l'église lui envoie de temps en temps pour retremper sa foi et ranimer ses espérances. Mais de telles prévisions doivent être écartées ; ayons toute confiance qu'il en sera autrement; espérons fermement que les travaux de nos législateurs contribueront à l'affermissement de la foi et à l'avancement du règne de Dieu, et que nos institutions nouvelles donneront à notre église une vie toute nouvelle1. »

Ainsi se termina ce synode au petit pied dont la physionomie générale avait été celle de la plus grande ignorance des matières ecclésiastiques. Et comment s'en étonner, quand il est certain que la plupart des délégués ne s'étaient auparavant jamais occupés de ces questions! Aussi, à côté de beaux discours, que de naïvetés, pour ne pas dire plusl Le public nombreux qui avait assisté aux séances de la délégation s'était partagé, comme la délégation elle-même, en partisans du projet Burnier et en partisans du projet Bauty. Ces derniers étaient en majorité, et il ne serait pas erroné de dire que la personnalité des deux lutteurs aidait à ce partage inégal des sympathies. M. Bauty, sans être très populaire, l'était cependant plus que M. Burnier qui ne Tétait pas du tout. Toute supériorité excite naturellement la jalousie, et la supériorité de M. Burnier était grande. Peut-être la sentait-il luimême et la faisait-il trop sentir. Il était passé maître dans l'art de manier la parole, mais le désir de se surpasser augmentait sans doute en lui une assurance déjà grande et qui lui nuisait auprès de plusieurs. Tout chez lui indisposait ses adversaires, son genre plutôt froid, quelque peu aristocratique, le geste qui lui était habituel quand il discutait et qui consistait à faire claquer le pouce avec le doigt du milieu ; sa manière de prononcer statu quo et très quo, où perçait un mépris trop grand

1 Bulletin de la délégation des classes, pag. 385.

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