CHAPITRE IL
des idées qu'il combattait. M. Bauty, sans être moins vif que son adversaire, avait quelque chose de plus rond dans les formes, plus d'aménité dans le langage; il connaissait mieux le peuple et en tenait compte davantage. Egalement très distingué dans la discussion, il donnait un corps aux craintes de la majorité de la délégation, bien qu'il fût au fond épiscopal dans son système. Il l'avait franchement avoué à ses collègues de la commission législative et cela était assez généralement connu ; cependant il ne fit naturellement figurer son épiscopalisme, ni dans son Mémoire, ni dans ses discours au sein de la délégation 1 .
Un homme qui se donna beaucoup de mal pour faire réussir la délégation, fut celui-là même qui en avait proposé la convocation, M. le conseiller d'état Jaquet. Cet homme si honorable avait pensé que M. Burnier sortirait vainqueur des débats, et il éprouvait un vif dépit en voyant que les discussions ne répondaient pas à son attente. Il était donc fort agité ; il ne pouvait rester assis ; il se parlait seul à lui-même à demi-voix ; il se postait d'ordinaire vers la porte, regardant avec anxiété ceux qui entraient et semblant désirer agir sur eux. En suivant du regard les mouvements de M. Jaquet, les membres de la majorité se chuchotaient mutuellement à l'oreille en plaisantant : Ne dirait-on pas qu'il leur demande de prononcer schibbolei?
' M. Bauly remporta alors une victoire qu'il a dans la suite hautement et loyalement déplorée. En 1838, il contribua puissamment à faire échouer une organisation presbytérienne de l'église nationale. Mais, à cette date, M. Bauty pensait que la démocratisation de l'église serait funeste à celle-ci, à cause de l'extrême irritation du peuple contre le réveil religieux ; le gouvernement de l'église par elle-même aurait eu pour effet de peupler le synode d'incrédules. M. Bauty voulait une rlerocratie. (Voir la brochure publiée par lui en 1858 : Le baptême envisagé dans son union avec la foi de l'église, pag. 46-47.)
Nous ne savons trop quelle fut l'impression produite sur l'ensemble du clergé vaudois par les débats de la délégation des classes. Il semble, par le peu de renseignements qu'il nous a été possible de recueillir sur ce sujet, que cette impression ait été très mélangée. On croyait encore devoir témoigner de la reconnaissance au conseil d'état; on croyait pouvoir se féliciter de ce que les membres du clergé s'étaient rapprochés sur un terrain qui leur était resté jusque-là trop étranger. Somme toute, cependant, on sentait que la délégation n'avait pas fait notablement avancer les questions.
Le surlendemain déjà du jour où les délégués des classes s'étaient séparés à Lausanne, la classe de Morges et Nyon eut à Rolle (19 mars) une assemblée réunie dans le but de présenter au conseil d'état des observations sur les deux projets de loi ecclésiastique. MM. les pasteurs Bumier et Pache prirent la plus grande part aux délibérations de la classe. Le premier fit un rapport succinct sur les travaux de la délégation, et la classe adopta à l'unanimité la définition des membres de l'église telle qu'elle avait été proposée par la délégation en second débat. A l'unanimité moins une voix, elle demanda la conservation de la confession de foi helvétique, comme exprimant la doctrine reçue dans l'église nationale ; en en retranchant toutefois, comme M. Chappuis l'avait demandé, les chapitres XXVIII et XXX et en admettant la possibilité d'une révision. M. Pache signala comme une grande faute que la majorité de la délégation eût dénié aux laïques de l'église le droit qu'ils avaient d'intervenir dans les affaires de doctrine, de discipline et de culte. Il est vrai que M. Gaulhey avait voulu réparer cette grave erreur en proposant, d'une manière très inconséquente avec le système de la majorité, un mode d'introduction des