CHAPITRE II
laïques qui les aurait fait entrer par fournées et par le bas étage dans le gouvernement de l'église, au lieu de les y introduire avec mesure, en les plaçant dans chacun des étages de l'édifice. La classe dit ne pouvoir adhérer à la déclaration émise par la majorité de la délégation que les laïques de l'église ne pourraient en aucune manière et dans aucun cas traiter des matières spirituelles dans les corps constitués de l'église. Elle se montra unanime à reconnaître aux membres laïques de l'église un droit imprescriptible à traiter des affaires spirituelles, droit si étrangement révoqué en doute ou méconnu par la majorité de la délégation,
En conséquence, la classe exprima le vœu que les représentants des paroisses fussent introduits dans les divers corps ecclésiastiques, pourvu : 4° qu'ils offrissent à l'église de vraies garanties; 2° qu'ils ne fussent pas dans les classes et dans le synode en nombre disproportionné avec celui des pasteurs ; 3° que, dans les questions de doctrine pure, les pasteurs eussent une part d'action convenable, proportionnée à leur responsabilité spéciale devant Dieu.
Telles furent les délibérations et les principales décisions de la classe de Morges, la seule, sauf erreur de notre part, qui soit revenue un peu sérieusement sur les questions débattues dans le sein de la délégation l.
La voix des membres de la délégation avait à peine cessé de se faire entendre dans la salle du grand conseil que, déj;i, le Nouvelliste vaudois entonnait un chant d'allégresse. Ce que son patron avait espéré en appuyant chaudement la proposition irréfléchie de M. Jaquet, ce qu'il avait désiré par-dessus tout, il
1 Actes de la classe de Morges et Xgon, 19 mars 1838. — Xarrateur religieux, N9 11, 17 mai, et N° 73, 21 mai 1838.
l'avait obtenu en effet et il avait une raison qui paraissait fondée d'attaquer le clergé et de le compromettre auprès du peuple. Exagérant donc un fait, malheureusement trop réel, M. Druey, après avoir jeté un coup d'œil perfidement critique sur les travaux de la délégation, s'écriait : « Les divisions du clergé se sont produites avec éclat !.. . les divergences subsistent; elles portent au cœur même de cette église, l'unité dont on a parlé ne pouvant planer au-dessus du dômel Aussi, ceux qui avaient craint qu'on ne créât, par la convocation de la délégation, une grande influence au clergé, en sont-ils complètement revenus 1 . » A partir de ce jour, le Nouvelliste revint, pendant près d'un mois, et dans chacun de ses numéros, sur les travaux de la commission ecclésiastique. Il s'appliqua à jeter à pleines mains le ridicule sur une assemblée qui, malgré ses timidités et ses absences, méritait cependant d'être traitée avec plus de justice.
Il va sans dire que le Nouvelliste ne voulait à aucun prix de la confession de foi helvétique ; aussi, faisant allusion à la décision prise en second débat par la délégation, décision que nous avons rapportée plus haut, le journal de M. Druey prétendait-il qu'après tant d'efforts pour sauver la confession de foi, la délégation l'avait renversée far un énorme coup de massue ; qu'elle en avait fait une œuvre morcelée, partielle, en en retranchant des chapitres entiers et qu'ainsi la position des partisans de la confession était devenue insoutenable2.
Comme on le sait, l'un des systèmes préconisés au sein de la délégation était celui de V église-école. Voici comment le Nouvelliste jugea cette théorie : « La vraie église-école, c'est le papisme, le règne de l'autorité, de la foi aveugle, de l'obéissance passive. » Le journal que nous citons était sur ce point d'accord avec une fraction sensible de la minorité de la délégation.
1 Nouvelliste vaudois, N° 23, 20 mars 1838. * Nouvelliste vaudois, N° 24, 23 mars 1838.