CHAPITRE U. ICI
Il rappelait même ces paroles de l'un des orateurs : « Quelle école! Les maîtres ne sont pas tenus d'enseigner! les écoliers ne sont pas obligés d'écouler! » A la vérité, on n'avait pas osé définir l'église nationale une église-école ; cette définition n'aurait pas pu lui convenir; mais on s'était vu contraint de rapprocher la définition cherchée de celle de l'église de multitude ou de masse qui n'est pas la même chose qu'une église-école. Chose plus curieuse encore! la tendance de la majorité, sans qu'elle s'en soit doutée, peut-être, était la séparation de l'église et de l'état, et voici comment le Nouvelliste pensait démontrer ce fait : « Une église qui croit qu'elle est l'âme, le spirituel, tandis qu'elle considère l'état comme le corps, le temporel, une église dont les ministres se croient établis de Dieu pour être les dispensateurs de sa parole, les révélateurs de la vérité, les dépositaires de la doctrine, cette église ne peut rester soumise à celui qu'elle doit enseigner, inspirer, diriger, sans renier son caractère, sans s'annihiler. » « Donc, ainsi concluait le Nouvelliste, l'église nationale n'est point une égiise-école 1. »
Mais l'église nationale sera-t-elle mieux une église de prof essatits? « L'église de professants, c'est le protestantisme, mais le protestantisme pur, vrai, logique, conséquent, l'église qui repose sur le libre examen, sur la conviction, sur la conscience. » Donc, et c'est le Nouvelliste qui le déclare, « M. Vinet a parfaitement défini l'église dans ce point de vue qui est le sien, quand il a dit que c'est une confédération de consciences. » c L'église de professants est une société libre de personnes qui se rattachent aux mêmes convictions religieuses.... et ce qui constitue essentiellement ces églises, c'est la doctrine.» Ces traits-là peuvent-ils convenir à l'église nationale? Non, dit le Nouvelliste qui, à cette occasion, accuse formellement ce qu'il appelle le côté gauche, soit le parti plus ou moins libéral de la délé-
1 Nouvelliste vaudois, N° 26, 30 mars 1838.
MOUVEM. REL1G. IV.
gation, de s'être efforcé de dénaturer les traits de l'église de professants pour les appliquer à l'église nationale. Et ce reproche, l'organe de M. Druey l'accentue dans des articles tout pleins d'une saveur de panthéisme qui ne pouvait laisser aucun doute sur la main qui avait tenu la plume. A en croire l'écrivain, les membres de la délégation, par leur définition de l'église de professants et leur attitude à l'égard de la confession helvétique, avaient frappé au cœur V intégrité de leur église. Pourquoi donc? Parce que l'église de professants mène à la dissolution par le morcellement infini, comme l'église-école ou d'autorité conduit à la tyrannie religieuse. Mais si le côté libéral de la délégation avait demandé une république qui est de l'aristocratie, c'est qu'il redoutait le radicalisme1.
Cette inconséquence des partisans de l'église de professants s'est montrée en tout. Ainsi, dans le mode Sélection despasteurs. Le plus rationnel aurait été, si l'on voulait envisager l'église nationale comme une église de professants, de laisser aux paroisses le choix des pasteurs et de soumettre ce choix à l'autorité ecclésiastique centrale, au synode, ou à la classe, pour le confirmer ou le rejeter. Mais les professants de la délégation n'ont pas respecté les principes de leur propre église, puisqu'ils se sont bornés à dire : Les paroisses pourront émettre un vœu ! chose dont le Nouvelliste s'indigne avec quelque raison. Les partisans de l'église-école ont été bien plus conséquents, eux qui ont repoussé franchement toute participation des paroisses. Toutefois, grâce à la défiance manifestée par les pasteurs, l'influence de la délégation sur le peuple et le gouvernement avait reçu une mortelle atteinte. Telle était, du moins, l'opinion du Nouvelliste, et nous pensons qu'il était bien placé pour en juger et assez habile pour frapper le clergé au défaut de la cuirasse2.
1 Nouvelliste vaudois, N° 27, 3 avril; N° 28, 6 avril ; N° 29, 10 avril 1838. * Nouvelliste vaudois, N° 30, 13 avril 1838.