CHAPITRE n
On a pu le remarquer déjà, au fond, le Nouvelliste fait tomber ses coups essentiellement sur la minorité de la délégation. Il ne se lasse pas de lui reprocher des inconséquences. S'agit-il, par exemple, des rapports de l'église avec l'état, le journal de M. Druey fait les réflexions suivantes : L'église de professants (de la conscience) n'existe qu'à une condition : l'inviolabilité de la conscience. Pour être fidèles à leurs principes, les professants auraient dû demander que l'état n'intervînt en aucune façon dans le gouvernement intérieur de l'église ; or, que de chaînes ils ont acceptées î Ils ont dit qu'il était impossible de faire autrement dans les limites de la constitution ; alors, il ne fallait pas dire que notre église est une église de professants et il ne fallait pas chercher à la rendre telle par des moyens indirects. Elle est église de multitude, subordonnée à l'état. Si on n'en veut pas, qu'on s'en retire. Mais si on veut faire de l'église nationale une vraie église de professants, qu'on demande la séparation dé l'église et de l'état, l'égalité pleine et entière de tous les cultes sans exception. Les professants ont reculé devant les conséquences de leur principe. Toutefois, rien n'est encore perdu à cet égard, car, dans le projet des professants, il y a des pierres d'attente pour la séparation, et même \e Nouvelliste croit pouvoir conclure des discours de M. Vinet qu'on est déjà séparé1.
On voit dans quel esprit et avec quelle sincérité le journal de M. Druey traitait la question ecclésiastique. Non pas qu'il n'eût parfois raison dans ses critiques, nous l'avons suffisamment montré sans qu'il soit besoin d'y revenir à cette heure, mais si la délégation ne s'était pas trouvée à la hauteur des circonstances, de son côté, le grand adversaire du clergé etde l'église apportait dans ses appréciations un besoin de dénigrement qui visait bien autre chose encore qu'une réunion momentanée et accidentelle des représentants du clergé vaudois. Il y avait là
1 Nouvelliste vaudois, îs'° 31, 17 avril 1838.
une tactique qui n'attendait que son jour pour se démasquer, mais dont plusieurs n'étaient déjà plus absolument dupes.
Comme on devait s'y attendre, le Nouvelliste vaudois trouva un auxiliaire dans le Protestant de Genève. Dès l'ouverture de la délégation, cet organe officieux de la vénérable compagnie s'était plu à constater « la grande divergence entre les diverses opinions et les théories de toute espèce qui se faisaient jour, » dans l'assemblée des pasteurs vaudois; mais, dès que celle-ci eût achevé ses travaux, le Protestant déclara que « toutes ces discussions n'avaient pas produit grand' chose : qu'aucun système un peu complet d'organisation ou de réorganisation ecclésiastique n'avait pu se concilier une homogénéité ou une pluralité de suffrages bien constatée. » Seul, M. Archinard obtenait un satisfecit pour son discours contre la confession de foi helvétique, et le journal genevois déclarait en terminant que « tout restait encore à faire pour la législature1. »
Si la délégation avait rencontré des Arislarques passionnés parmi les protestants, elle ne pouvait guère s'attendre à trouver mieux chez les catholiques. C'est en effet de ce bord-là que partit une assez grosse brochure intitulée: Manuel du protestant qui veut rester chrétien* . L'auteur anonyme, dans le but de soumettre les délibérations de la délégation au libre examen des Vaudois, reproduisait, disait-il, non l'histoire de ce qu'il appelait le synode, mais le conflit des idées qui avaient partagé ce dernier. Il prétendait que, « jugé par d'habiles protestants,
1 Le Protestant de Genève, tom. XIV, N° 3, 1er mars, et N° 4, 1er avril 1838.
! Ou Exposé succinct des débats de l'assemblée des pasteurs tenue à Lausanne, en mars 4838, avec réflexions et notes. Lausanne 1838. S. Delisle. 60 pages. Brochure réimprimée sous ce titre : La réforme en travail d'une église. Ce méchant pamphlet était extrait de l'Invariable, Mémorial catholique de Fribourg en Suisse.