CHAPITRE II. 1G
le but de la réunion des pasteurs avait été anti-protestant, inexécutable en bonne logique et injuste envers la société. » Il en prenait occasion d'inviter les Vaudois à revenir à l'église catholique. En effet, disait-il, quel spectacle offre cette église catholique? C'est celui d'une belle, d'une puissante unité. Combien, en présence d'une telle unité, une assemblée comme la délégation a fait pauvre figure! A peu près sur tous les points, les délégués ont été en désaccord; ainsi sur le baptême des enfants ou la nécessité de ce baptême pour être membre de l'église nationale ; ainsi sur la confession de foi, au sujet de laquelle les opinions différentes se sont annulées réciproquement. Qu'est-ce donc que l'église nationale? Rien; elle n'existe pas. La seule issue pour les chrétiens, pour les protestants sincères, c'est donc le retour à l'unité catholique.
Nous n'avons pas besoin de dire que la méthode de l'auteur du Manuel n'est pas toujours caractérisée par la loyauté la plus absolue. Il connaît l'art de rapprocher les phrases, de grouper les discours, de solliciter les textes de manière à en faire sortir ce qui va à sa thèse. Il a tout intérêt à montrer les pasteurs en désaccord et, malheureusement, cela ne lui était souvent que trop facile. La critique à laquelle il se livre est incontestablement fondée en bien des points; elle est même parfois très forte, en particulier lorsqu'elle porte sur la distinct ion si subtile entre la confession de foi règle de foi et celte même confession règle d'enseignement; sur l'annulation de l'église dans l'état, etc., etc. Il était assurément fâcheux que la délégation eût ainsi fourni à un si grand nombre d'adversaires, et à des adversaires si différents, tant d'armes pour la battre.
Ce n'était, du reste, pas la première fois que le catholicisme intervenait dans les luîtes intérieures du protestantisme vaudois. A la date du 20 mai 1829, il avait paru à Fribourg en Suisse une brochure inlitulée : Représentations fraternelles adressées à M. le docteur Xicole, concernant quelques discours pro-
noncès lors de la discussion sur les pétitions relatives aux mômiers, dans la séance du grand conseil du louable canton de Vaud, le i2 mai 1829, par Jean Delefro. M. Nicole avait demandé ce qu'on pensait du canton de Vaud chez ses voisins? et ajouté : On nous blâme dans toute l'Europe! L'auteur des Représentations prétend que ce n'est pas sans raison, vu V inconséquence des Vaudois que tous leurs principes ramènent à V église romaine, et il invoque comme preuve la brochure de M. Curtat sur les conventicules. Une lettre, publiée en 1826 sous ce titre: Conséquences des principes de M. le ministre Curtat, consacrés par le grand conseil de Lausanne et entièrement favorables à l'église romaine, lettre très probablement due à la plume d'un prêtre1, avait déjà affirmé qu'établir et reconnaître, selon les principes de M. Curtat. qu'une mission manifestement divine, justifiée par des pouvoirs miraculeux, était nécessaire pour prêcher , c'était inviter les protestants à rentrer dans l'église romaine. « Le catholicisme, ajoutait l'auteur de la lettre, est la religion des Vaudois libres.... Les réformateurs du XVIe siècle ont été des sectaires, les mômiers de ce temps-là...; les doctrines des sectaires sont celles des réformateurs.... Viret, Farel, Calvin, etc., n'étaient que les conventiculaires de leur siècle, et méritaient tous les reproches dont M. Curtat veut accabler les conventiculaires modernes. » L'auteur disait avoir fait un séjour à Lausanne, de 1821 à 1825, et s'être convaincu de la manière de penser de beaucoup de Vaudois. Sa conclusion était: « En attaquant les conventicules modernes avec des armes qui ne peuvent appartenir qu'à la succession principale, iM. Curtat, tout en louant les conseils suprêmes d'avoir maintenu l'ouvrage de Viret, Farel, etc., le détruit de fond en comble, en alléguant la nécessité de la mission pour exercer le saint ministère. » M. Nicole avait
' Cette brochure, de 31 pages, sans lieu d'impression, avait pour épigraphe : « La pierre retournera contre celui qui l'a jetée. » (Prov. XXVI, 27.) Elle était signée : Votre ami jusqu'au delà du tombeau, C- G. d'Egliseneuve.